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	<title>Roselyne MOSSAND  Psychothérapeute Lyon &#187; psychanalyse</title>
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		<title>Autisme : le travail du psychanalyste pour l&#8217;enfant et à ses parents</title>
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		<pubDate>Fri, 01 Feb 2013 20:51:37 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Quel est le travail que peut proposer un psychanalyste à un enfant souffrant de « troubles du spectre autistique » et à ses parents? Si j’avais une plaidoirie à prononcer pour que l’on confie en France les enfants souffrants d’Autisme &#8230; <a href="https://www.psychotherapies-lyon.fr/psyblog/autisme-le-travail-du-psychanalyste.html">Continuer la lecture <span class="meta-nav">&#8594;</span></a>]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<h3>Quel est le travail que peut proposer un psychanalyste à un enfant souffrant de « troubles du spectre autistique » et à ses parents?</h3>
<div>
<p>Si j’avais une plaidoirie à prononcer pour que l’on confie en France les enfants souffrants d’Autisme ou de  Troubles Envahissants du Développement,   aux soins mis en place par le secteur public de Psychiatrie Infanto Juvénile, je  dirais les choses suivantes.</p>
<p>Je demanderai d’abord : qu’est &#8211; ce qu’un enfant, quel est son statut ?</p>
<p>Et je dirai qu’il  vient au monde comme témoin que la rencontre  entre un homme et une femme a été bénie.</p>
<p>Freud avait nommé cela Behajung primitive. Jacques Lacan a préféré le terme de Symbolisation. Symbolisation parce que ce « oui ! » de la bénédiction implique logiquement un «  non ». Le fameux « Oui, mais pourvu qu’il ne ressemble pas à la tante Adèle ! »</p>
<p>Tous ces propos dans l’attente d’un enfant, nous les connaissons et ils sont nécessaires à ce que l’enfant à venir soit pris dans un processus non seulement vital mais aussi langagier.</p>
<p>Ce non de la symbolisation sera refoulé , c’est ce qui fait qu’une mère , qu’ un père, sont en mesure d’accueillir leur enfant à sa naissance  et l’investiront , y compris s’ils sont dépressifs.</p>
<p>En ce sens nous pouvons tout à fait dire avec Lacan que l’enfant, avant sa naissance et à sa naissance, est inscrit dans un processus langagier, naît dans un bain de langage, même s’il ne parle pas encore. Un enfant de quelques heures tourne la tête en direction de sa mère quand cette dernière rentre à voix haute dans la pièce où il se trouve, alors même  qu’il ne possède pas la maturité neurophysiologique de la vision.</p>
<p>L’autisme, les troubles envahissants du développement, mettent à mal ce tableau que je viens de  décrire. Parce, que cet enfant pour des raisons que l’on appréhende que peu encore, semble  indifférent  aux effets de cette symbolisation primitive …</p>
<p>Qu’est ce qui se passe malgré les soins intensifs, les stimulations intensives des parents ?</p>
<p>L’enfant, le bébé ne répond toujours pas…ou peu .Il ne regarde pas son père, sa mère. Il semble ne pas les entendre au point que des examens   concernant l’audition et la vue seront pratiqués  … C’est à dire que le fonctionnement de la  fonction des orifices (œil, oreille) que les psychanalystes rattachent à la sphère pulsionnelle, dysfonctionne.</p>
<p>Je  dirais, à la suite de  Marie-Christine Laznik qui   nous  démontre avec les films familiaux que ces parents sont sidérés sans pouvoir se le dire et que l’inquiétude gagne au fil d’interactions qui  ne se passent pas, eu égard au   processus engendré par les troubles de l’enfant, troubles que l’enfant ignore lui même. La mère de Sean Baron raconte comment Sean  pleurait continuellement  sans que l’on puisse le consoler de la moindre des façons.</p>
<p>A cet endroit là, j’oserais parler de traumatisme chez les parents et l’enfant.</p>
<p>Le traumatisme pour le psychanalyste, c’est un réel que le sujet ne peut pas dialectiser.</p>
<p>Cela a des conséquences sur la lecture qu’il va faire de la vie qu’il mène.</p>
<p>Concernant l’enfant,  malgré tout et sans le savoir, il a investi ses parents .C’est tout à fait vérifiable dans l’après coup,  que l’enfant investissait ses parents, bien avant tout traitement et contre toute apparence, et ce, dès le début de la vie.</p>
<p>C’est sur cela que le psychanalyste va s’appuyer dans le traitement de ce traumatisme transitif entre les parents et leur enfant.</p>
<p>Ça n’est pas une démarche  de la part du psychanalyste qui consisterait à  s’appuyer sur « la partie saine du moi » Sa démarche va être celle de prendre appui  sur la symbolisation primitive dont je parlais plus haut,  celle qui fait que cet enfant est pris dans un processus vital et langagier, et qu’il  a à le vivre  … malgré le réel de sa pathologie.</p>
<p>Tout cela, je l’ai appris, je l’apprends tous les jours   de la bouche de mes jeunes  patients et de quelques uns de mes maitres, Freud, Lacan, Melman, Laznik.</p>
<p>Pour garder toute confidentialité et anonymat, je parlerai d’un jeune homme de 22 ans  séjournant à présent dans un lieu de vie communautaire et catholique.</p>
<p>Dans cette communauté où l’on arpente au printemps les chemins de Compostelle, les relations humaines entre homme et femme ne sont pas interdites mais bénies à la condition qu’elles revêtent le sérieux et les sacrements qui s’y rattachent au regard de la religion catholique.</p>
<p>Ça n’a pas été sans mal de le faire admettre dans cette institution, précisément à cause de sa singularité dans les rapports humains et de ses « passions » peu communes.</p>
<p>Cet enfant comme beaucoup d’autres que j’ai accompagné avait six ans quand j’ai commencé à m’occuper de lui. Il ne pouvait pas, sinon  à lui faire grande violence,  me rencontrer en dehors de la présence de sa mère qu’il ignorait par ailleurs du regard et qu’il instrumentalisait, par exemple, lui prenant la main pour qu’elle fasse à sa place ce qu’il était parfaitement capable de faire lui même.</p>
<p>Huit ans ont passés où nous nous rencontrions tous les trois, jouions,  discutions, dessinions, écrivions, lisions, à raison de deux fois par semaine.  Il rencontrera plus tard ma collègue orthophoniste, seul, et je crois pouvoir dire que notre travail avec sa maman  lui   a permis d’accepter de rencontrer les autres et  de se laisser déranger de ses « manies » ou « obsessions » où encore « stéréotypies… »</p>
<p>Pendant près de deux ans, nous avions joué avec une petite famille d’éléphants en feutrine. Ce jeu, en parlant avec lui, en riant parfois de ses trouvailles, devenait de plus en plus symbolique et s’enrichissait de personnages nouveaux. De fait,  il arrachait systématiquement la patte du grand éléphant.  Nous  la recollions  jusqu’à la séance suivante et nous  construisions  des histoires avec sa maman et lui.  Il voulait sans cesse mettre dans une  petite maison sa mère et lui, uniquement tous les deux…excluant  son père et sa sœur…</p>
<p>Croyez vous qu’un psychanalyste, avec un  enfant dans cette situation,   soit assez bête pour interpréter je ne sais quoi à la mère ? Non…pour ma part, j’étais plutôt ravie qu’il compte déjà sa mère parmi les siens… d’une certaine façon, qu’il arrête d’être comme seul au monde et cela avait des effets sur sa mère, pas des effets culpabilisants comme on se plaît à le souligner mais des effets sur ce que j’ai appelé plus haut ce traumatisme qu’elle avait subi et lui aussi.</p>
<p>Cet enfant, quand il avait quatre mois détournait la tête pour ne pas croiser son regard.<br />
Elle en était venue à lui coincer la tête entre ses mains pour qu’il la regarde.</p>
<p>Elle avait su dès la naissance que son bébé n’allait pas bien. Il n’était pas forcément indifférent aux stimulations d’un étranger et pouvait répondre par un sourire absent.  Cela avait été certainement trompeur pour le pédiatre.</p>
<p>J’ouvre une parenthèse. Le pédiatre n’avait pas prêté attention à ce qui  s’était sans doute  passé quand il avait arrêté de  stimuler l’enfant.  A coup sûr,  il aurait alors  pu constater que ce bébé était retombé  dans son repli d’indifférence… Ce bébé là  n’aurait pas pu relancer  ce jeu  que font les enfants, les bébés, jeu  qui consiste à aller  relancer l’interaction où ils prennent plaisir à faire plaisir à l’autre.</p>
<p>C’est sur ces signes autour de la relation, dans la toute première enfance que nous travaillons. Ils  sont à notre sens, prédicteurs de troubles du spectre  autistique.</p>
<p>Nos recherches vont dans ce sens depuis des années et sont validées par une étude des plus scientifiques : la recherche pratiquée par l’association  PREAUT qui porte sur deux signes observables très tôt dans la vie :</p>
<p>1) L’absence de regard du bébé à l’endroit des siens avant l’âge d’un an.</p>
<p>2) Le  troisième temps de la pulsion. C’est ce  que je viens de décrire plus haut concernant l’interaction : Marie –Christine Laznik a dégagé de  ses travaux,  ce point   fondamental dans la relation aux autres qui est que nous ne retrouvons   pas ce troisième temps de la pulsion chez les bébés souffrant de troubles du spectre autistique.</p>
<p>Mais aussi, pourquoi les parents, la mère, le père,  n’ont même pas droit parfois  à ce  « trognon » de relation consistant en un semblant de sourire lors d’une stimulation,</p>
<p>auquel peut avoir droit, le pédiatre par exemple…   J’évoquerais l’hypothèse que ce bébé là  a identifié sans le savoir, sa mère, son père,  alors qu’il traite les autres visages humains,  comme les objets inanimés qu’il commence à investir.</p>
<p>Pour être plus précise, il traite le reste des humains comme il traite les sources lumineuses ou le  porte clés avec son bruit de cliquetis&#8230;qui peuvent être source d’une sorte d’intérêt.</p>
<p>Je ferme la parenthèse pour en revenir au jeune homme dont je parlais.</p>
<p>Je l’ai  rencontré  encore quelques années, jusqu’à ses dix neuf ans.</p>
<p>Tout seul, à sa demande, et aussi à celle de sa mère, à partir de  l’âge de treize ans.</p>
<p>Passionné d’histoire des civilisations, de la Bible, il a pu se mettre à la lecture et l’écriture et  a pu faire un parcours scolaire malgré sa grande difficulté à parler distinctement. Ce symptôme là, il l’a gardé, mais s’est toujours efforcé de bien se  faire comprendre…</p>
<p>Il a des talents en informatique qu’il a mis au service de ses camarades dans son lieu de vie…Rien d’exceptionnel me dira t-on, sinon que tout ce qu’il a pu faire, il l’a adressé, à ses parents, à sa sœur puis à lui,  et enfin  à son entourage plus élargi.</p>
<p>D’un point de vue juridique, il n’est pas sous tutelle mais sous curatelle simple et peut donc voter. Il a ses idées politiques bien sur et la liberté d’unir sa vie à quelqu’un si il le désire.</p>
<p>Il n’est pas à ce jour dégagé de toute angoisse mais vit, parmi et avec les autres,  avec sa singularité.</p>
<p>J’évoque le cas de ce patient par ce que  je viens d’avoir de ses nouvelles et qu’il a demandé à me rencontrer prochainement.</p>
<p>J’ai toujours accompagné ses parents dans leurs démarches et me suis déplacée toutes les fois qu’il a fallu aller plaider sa cause…</p>
<p>Travail singulier pour un psychanalyste.  Il n’a pas profité seulement de mes soins.</p>
<p>Je travaille dans une équipe pluridisciplinaire. Je n’interviens pas dans les apprentissages…Je rencontre des enfants avec leurs parents. Dernièrement, je répondais  à un père qui me faisait remarquer que je considérais l’autisme comme une maladie puisque j’y apportais des soins qui plus est, psychanalytiques…et qui  me demandait aussi ce que je visais  dans le travail que je pouvais  proposer pour son fils. Ainsi, lui ai-je répondu : C’était peut-être  que l’enfant et ses parents souffrent moins  de ce traumatisme causé par l’absence de relation entre eux et cela souvent   depuis la naissance.</p>
<p>Qu’un enfant autiste, qu’un adulte autiste soit quelqu’un de singulier et il l’est… pour ma part, ce qui me soucie  le plus, du point de vue de mon travail bien sûr, est  qu’il ait un rapport aux  autres,  parmi les autres, si singulier soit-il.</p>
<p>J’ajouterai, que plus les enfants sont soignés tôt, c’est à dire bébés, plus on évite que s’installe toute la psychopathologie que nous rencontrons plus tard…</p>
<p>C’est dans ces termes que travaillent les psychanalystes depuis bien longtemps…</p>
<p>La forteresse vide n’a jamais été vide, c’est le pari que nous tenons.</p>
<p>Si nous écartions toute dimension psychique de cette première relation entre un enfant souffrant de troubles autistiques et ses parents, c’est un peu comme si nous l’enlevions à ses parents.</p>
<p>Dans ma pratique clinique, je me suis battue pour que les enfants autistes ou psychotiques aient une instruction, apprennent comme tous les enfants et l’équipe pluridisciplinaire dans laquelle je travaille, y compris avec des collègues issus d’autres formations, s’y emploie.</p>
<p>Il ne nous est jamais venu à l’esprit qu’il y avait d’un côté le psychisme et de l’autre côté l’apprentissage. Il ne nous est  jamais venu à l’esprit que seul le travail psychique suffisait ou même que seul l’apprentissage constituait un traitement.</p>
<p>Ce qui m’ apparaît, au fil des années et de l’expérience dans mon travail avec les tout petits (parfois neuf  mois lors de la première consultation) c’est qu’il faut  sortir les parents de la sidération et du traumatisme   dans lesquels  ils se sont  trouvé avec cet enfant là. Cela a des effets importants sur l’enfant.</p>
<p>Parce que ce qu’il y a d’extraordinaire avec de tels enfants, c’est que la façon dont l’environnement va réagir, ce qui va pouvoir se  mettre en place en collaboration avec les parents de l’enfant va avoir des effets bénéfiques tant sur son retard de développement que sur son intelligence. Nous allons travailler sur  tout ce qui a trait à la relation aux siens : regarder l’autre, se déplacer pour aller vers lui, se lever, marcher vers l’autre, s’intéresser à sa voix et enfin   parler à l’autre…</p>
<p>Cela participe d’un développement  neurobiologique bien  sûr mais ne va pas sans cet  environnement dont nous faisons le pari  que l’enfant, lui, le   privilégie et particulièrement  celui de ses parents. Ils vont nous aider et nous allons les  aider à reconstruire cette relation au monde, et pas  seulement à son monde, relations  dont l’enfant ne semblait pas vouloir.</p>
<p>Site <a href="http://www.ecole-freud-lacan.com/grenoble/clinique-psychanalytique/propos-du-travail-que-peut-proposer-un-psychanalyste-a-un-enfant-souffrant-de-troubles-du-spectre-autistique-et-a-ses-parents.html" target="_blank">freud-lacan.com</a>, Auteur : Paule Cacciali</p>
</div>
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		<title>Une mauvaise passe dans la psychanalyse</title>
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		<pubDate>Fri, 01 Feb 2013 20:47:49 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Il y a trente ans, le 9 septembre 1981, mourait le psychanalyste Jacques Lacan. Cet anniversaire, sera marqué par la publication de plusieurs ouvrages importants, parmi lesquels un nouveau Séminaire du « maître » et le livre pénétrant, accessible et &#8230; <a href="https://www.psychotherapies-lyon.fr/psyblog/mauvaise-passe-pour-la-psychanalyse.html">Continuer la lecture <span class="meta-nav">&#8594;</span></a>]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<div>
<p><a href="http://www.psychotherapies-lyon.fr/psyblog/mauvaise-passe-pour-la-psychanalyse.html/psychanalyse_lacan" rel="attachment wp-att-196"><img class="alignnone size-full wp-image-196" alt="psychanalyse_lacan" src="http://www.psychotherapies-lyon.fr/psyblog/wp-content/uploads/2013/02/psychanalyse_lacan.jpg" width="253" height="297" /></a></p>
<p>Il y a trente ans, le 9 septembre 1981, mourait le psychanalyste Jacques Lacan. Cet anniversaire, sera marqué par la publication de plusieurs ouvrages importants, parmi lesquels un nouveau <em>Séminaire</em> du « maître » et le livre pénétrant, accessible et touchant, d&rsquo;Elisabeth Roudinesco : <em>Lacan, envers et contre tout.</em> En trente ans, les temps ont bien changé : le maître n&rsquo;a pas été remplacé ; la discipline a subi de violentes attaques ; la société s&rsquo;est marchandisée, métamorphosée. Résultat : le statut de la psychanalyse, son impact sur la culture et la pensée contemporaines sont sérieusement ébranlés. Mais persiste le malaise dans notre civilisation, comme disait Freud. Analyse&#8230;</p>
<p>Dans les années 1960 et 1970, elle faisait un malheur : Lacan était une idole, <a href="http://www.telerama.fr/personnalite/francoise-dolto,333239.php">Dolto</a> cartonnait à la radio, et si tout le monde ne s&rsquo;allongeait pas sur le divan, la psychanalyse était reine dans les médias et la vie intellectuelle. Un Lacan génial et déjanté pouvait refonder à lui seul la discipline, en mobilisant aussi bien la philosophie et la linguistique que la topologie. La psychanalyse dialoguait avec des figures aussi charismatiques que <a href="http://www.telerama.fr/livre/claude-levi-strauss-le-gout-de-l-autre,28901.php">Lévi-Strauss</a> ou <a href="http://www.telerama.fr/livre/michel-foucault-n-a-pas-dit-son-dernier-mot,66029.php">Foucault</a>. Pour beaucoup, brillants médecins ou philosophes formés aux humanités, les « psys » formaient une élite intellectuelle.</p>
<p>Cet âge d&rsquo;or n&rsquo;est plus. Avant, on se tournait d&rsquo;abord vers la psychanalyse pour venir en aide aux âmes tourmentées. Désormais, on ne compte plus les prétendants déterminés à lui faucher sa place. En premier lieu, les thérapies cognitives et comportementales (TCC), qui ont une vision bien différente de la cure : quand les analyses sont longues, les TCC sont brèves, se résumant parfois à quelques séances. Quand l&rsquo;analyste est avare de ses mots, le thérapeute est beaucoup moins distant : il discute avec son patient, lui prescrit des exercices, conçoit des expériences et des travaux pratiques.</p>
<p align="right">La guerre continue entre psychanalyse<br />
et thérapies cognitives et comportementales.</p>
<p>Pour ces nouvelles thérapies, une chose prime : faire disparaître les symptômes gênants. Précisément ce que déplore la psychanalyste et philosophe Clotilde Leguil : <em>« On évacue ainsi la vérité que le symptôme peut représenter pour le sujet. La phobie, par exemple, ne sera pas inscrite dans une histoire singulière, mais considérée comme un trouble à éradiquer, en rééduquant les patients, pourquoi pas en groupe. »</em> Tout sépare, en fait, la psychanalyse et les TCC. Et, depuis quelques années, elles se livrent une lutte sans pitié. En 2004, les tenants des TCC lançaient une campagne pour disqualifier la psychanalyse, en s&rsquo;appuyant sur <a href="http://aejcpp.free.fr/articles/enquete.htm" target="_blank" rel="nofollow">un rapport Inserm controversé</a> compilant des études internationales sur l&rsquo;efficacité comparée des thérapies : les psychanalystes indignés sont montés au créneau, le rapport a été enterré. Mais la guerre continue, désormais au grand jour, avec l&rsquo;objectif, pour les « TCC », de faire de la psychanalyse une offre comme une autre (et pas très « performante ») dans le catalogue hétéroclite des psychothérapies disponibles sur le marché de la santé mentale.</p>
<p><strong>Le temps des polémiques</strong><br />
Qu&rsquo;on se le dise, il ne fait plus bon être freudien. <em>« Les psychanalystes ont toujours eu tendance à se prendre pour des martyrs, mais aujourd&rsquo;hui ils le sont vraiment », </em>résume avec malice Pierre-Henri Castel, psychanalyste et directeur de recherches au CNRS. De fait, ces dernières années, les coups n&rsquo;ont pas manqué. La psychanalyse a l&rsquo;habitude ! Les critiques qui, dès sa naissance, dénonçaient son manque de scientificité ou jugeaient consternantes ses théories sur la sexualité n&rsquo;ont pas disparu. Mais les attaques sont devenues plus virulentes. Dans <em><a href="http://www.puf.com/wiki/Autres_Collections:L%27autorit%C3%A9_des_psychanalystes" target="_blank" rel="nofollow">L&rsquo;Autorité des psychanalystes</a>,</em> l&rsquo;anthropologue Samuel Lézé souligne ainsi un véritable renversement : en moins de dix ans, le discours critique sur la psychanalyse s&rsquo;est vu supplanté par un discours sur la crise de la psychanalyse. En témoignent les polémiques soulevées par <em>Le Livre noir de la psychanalyse,</em> auquel participent des pro-TCC, ou <a href="http://www.telerama.fr/livre/pourquoi-onfray-a-t-il-voulu-tuer-freud,56118.php">le pamphlet d&rsquo;Onfray,<em> Le Crépuscule d&rsquo;une idole,</em></a> sous-titré sans détour<em> L&rsquo;affabulation freudienne</em>. Fini, le prestige intellectuel et social des psys ! Ils sont traités comme des charlatans, leurs théories qualifiées de fausses et de fantaisistes. Pis encore : ils nuiraient gravement à leurs patients.</p>
<p>Comme le remarque Samuel Lézé, la place accordée dans les médias à ces polémiques témoigne de la surface sociale que conserve encore, malgré tout, la psychanalyse. Entre la discrétion de l&rsquo;expérience du divan et le brouhaha médiatique, elle est à la fois invisible et&#8230; omniprésente. Les menaces n&rsquo;en sont pas moins réelles : attaques des comportementalistes, mais aussi essor des neurosciences, qui débordent de plus en plus du cadre biologique pour s&rsquo;intéresser à la psychologie, ou encore la place accordée à la psychopharmacologie en psychiatrie. Ainsi, en 1980, soit un an avant la mort de Lacan, paraissait aux Etats-Unis la troisième édition du<em> Manuel diagnostique et statistique des trou­bles mentaux</em> (DSM III), qui s&rsquo;est vite imposé dans la classification des troubles du comportement.</p>
<p>Excluant tout recours aux théories psychanalytiques, ce manuel témoigne d&rsquo;une vision médicalisée de la psychiatrie et réduit l&rsquo;individu à ses comportements. Roland Gori, psychanalyste et professeur émérite de psychopathologie clinique de l&rsquo;université d&rsquo;Aix-Marseille, en a observé les conséquences : le recul de la psychanalyse dans les institutions psychiatriques et les départements de psychologie. Avec verve, il dénonce la progression d&rsquo;une psy­chiatrie sécuritaire, symptomatique de l&rsquo;intolérance sociale croissante face aux écarts de comportement. <em>« La psychanalyse, pour moi, c&rsquo;est le nom de ce qui s&rsquo;oppose à la tyrannie de la norme et des classifications sociales ou pathologiques. Les gens viennent à elle aujourd&rsquo;hui pour se sentir sujets, pour se sentir vivants psychiquement ! Certains chercheurs, journa­lis­tes ou artistes expriment la même souffrance face à la normalisation sociale et aux dispositifs centrés sur les nouvelles formes d&rsquo;évaluation. C&rsquo;est ce qui m&rsquo;a conduit à donner une orientation politique à mon enga­gement. »</em></p>
<p><strong>Un corps fragmenté</strong><br />
D&rsquo;où <a href="http://www.appeldesappels.org/" target="_blank" rel="nofollow">« l&rsquo;Appel des appels »</a>, lancé fin 2008 à son initiative avec un autre psychanalyste, Stefan Chedri. Leur éthique : <em>« remettre l&rsquo;humain au coeur de la société »</em> en réunissant des professionnels du soin, du travail social, de la justice, de l&rsquo;éducation, de la recherche, de l&rsquo;information ou de la culture. Lancée début 2009, leur pétition est un indéniable succès, avec plus de 80 000 signatures recueillies. Quant au sentiment d&rsquo;être en porte-à-faux avec les valeurs néolibérales, l&rsquo;obsession de la performance et les évaluations chiffrées, il est largement partagé chez les psychanalystes (même s&rsquo;il ne les conduit pas tous, loin de là, à s&rsquo;engager politiquement). L&rsquo;organisation de la santé mentale, par exemple, est souvent perçue comme une menace : elle entend moderniser l&rsquo;offre de soins et la rendre plus transparente, pour faire jouer la concurrence. Or, faire une analyse, c&rsquo;est long et cher. D&rsquo;où la tentation de privilégier les thérapies brèves, moins coûteuses pour l&rsquo;Etat&#8230;</p>
<p>On l&rsquo;aura compris : l&rsquo;époque est peu amène avec la psychanalyse. D&rsquo;autant que des critiques s&rsquo;élèvent&#8230; dans ses propres rangs. La psychanalyste Ana de Staal, traductrice et éditrice, déplore le manque d&rsquo;ouverture de la discipline en France. Au sein des <a href="http://www.ithaque-editions.fr/collection/psychanalyse/" target="_blank" rel="nofollow">éditions Ithaque</a>, elle s&rsquo;emploie à mieux faire connaître des œuvres étrangères, à promouvoir une psychanalyse ouverte aux autres cultures, aux autres courants, aux autres disciplines. Avec un succès encore limité&#8230; Dans son <em>Histoire de la psychanalyse en France,</em> <a href="http://www.telerama.fr/livre/comment-sont-nees-les-idees-antisemites,51528.php">Elisabeth Roudinesco</a> ne ménage guère, elle aussi, ses confrères : <em>« Les psychanalystes ont tendance à ne lire que les productions de leur propre groupe, se confortant ainsi dans la recherche non pas de l&rsquo;altérité, mais de l&rsquo;identique à soi. »</em> La psychanalyse française est ainsi marquée par la dissémination des groupes et des écoles, en particulier au sein des lacaniens.</p>
<div align="right">“De plus en plus de gens ne demandent pas d&rsquo;analyse<br />
à proprement parler. Ils viennent voir un &laquo;&nbsp;psy&nbsp;&raquo;…”<br />
Sophie Mendelsohn, psychanalyste.</div>
<p>Scissions, scissions de scission&#8230; En 1985, on comptait pas moins de quatorze groupes issus de la dissolution par Lacan, en 1980, de l&rsquo;Ecole freudienne de Paris (EFP). Entre 1985 et 2000, cinq groupes disparaissent et quatorze apparaissent, phénomène qui reflète, c&rsquo;est vrai, une certaine liberté. Dans le même temps, la psychanalyse recule chez les grands éditeurs de littérature générale, et les petites antennes éditoriales (à faible tirage) se multiplient. On retrouve cet éclatement dans les revues : certaines des plus importantes, comme la <em>Nouvelle Revue de psychanalyse, </em>ont disparu ; le nombre des petites, lui, augmente. Total : vingt-trois ! Et l&rsquo;heure de la synthèse n&rsquo;est pas près de sonner : il n&rsquo;y a pas de nouveau Lacan à l&rsquo;horizon. En revanche, les désaccords &#8211; sur l&rsquo;homoparentalité ou l&rsquo;usage de certaines techniques de procréation médicalement assistée, par exemple &#8211; sont nombreux.</p>
<p>C&rsquo;est d&rsquo;ailleurs l&rsquo;autre arme brandie contre la psychanalyse : elle serait vieux jeu, voire réac, attachée à ses rituels et à ses dogmes. N&rsquo;en déplaise à ses détracteurs, sa pratique n&rsquo;est pourtant pas figée : l&rsquo;époque a changé, les analystes aussi. Le nombre de séances hebdomadaires, par exemple, s&rsquo;est réduit &#8211; le plus souvent à deux, au lieu de trois, quatre, voire cinq autrefois. La durée des analyses aussi : les gens n&rsquo;ont plus la même disponibilité, leurs conditions socio-économiques se sont durcies. Plus étonnant encore, c&rsquo;est la nature des demandes qui a changé. Sophie Mendelsohn, une jeune psychanalyste exerçant notamment à Sainte-Anne auprès d&rsquo;enfants et d&rsquo;adolescents, s&rsquo;en fait l&rsquo;écho : <em>« De plus en plus de gens ne demandent pas d&rsquo;analyse à proprement parler,</em> explique-t-elle<em>. Ils viennent voir un &laquo;&nbsp;psy&nbsp;&raquo; sans trop savoir ce qu&rsquo;est un psychanalyste, et découvrent en cours de route ce qu&rsquo;est l&rsquo;analyse &#8211; en particulier les patients assez jeunes. Mais ce n&rsquo;est pas nécessairement un obstacle. Ce qui compte, c&rsquo;est qu&rsquo;il reste possible de découvrir ce qu&rsquo;est la psychanalyse en parlant à un analyste. »</em></p>
<p><strong>Une bouffée d&rsquo;air</strong><br />
Exerçant à Reims, Lydia Ledig constate que le terme même de « psychanalyse » fait désormais peur à de nombreux patients : <em>« C&rsquo;est un mot tabou. » </em>Autant de difficultés qui incitent à plus d&rsquo;inventivité clinique. Les analystes adaptent le prix des séances à la situation de leurs patients chômeurs, étudiants ou intermittents du spectacle ; ils ne comptent pas leur temps, entre les séances, les lectures, les réunions souvent tardives, les journées thématiques ou les séminaires. Et finalement leurs effectifs restent stables : environ 5 500 en France. Malgré les attaques, les crocs-en-jambe et les coups de coude, la psychanalyse a donc sans doute encore de beaux jours devant elle.</p>
<p align="right">“Dans une civilisation qui privilégie le discours scientiste<br />
et le culte de l&rsquo;évaluation, le sujet peut se sentir écrasé.”</p>
<p>Et pour cause : la souffrance psychique, elle, se porte bien. <em>« La demande reste forte, peut-être même de plus en plus forte,</em> explique Clotilde Leguil. <em>Dans une civilisation qui privilégie le discours scientiste et le culte de l&rsquo;évaluation, le sujet peut se sentir écrasé, méconnu dans ce qu&rsquo;il est, dans ce qu&rsquo;il souffre. La psychanalyse apparaît alors comme une bouffée d&rsquo;oxygène. »</em> Cette capacité à prendre en charge la singularité reste le grand atout de la psychanalyse, pour Pierre-Henri Castel, qui relate cette anecdote : <em>« Un homme est venu me voir. A l&rsquo;hôpital, on lui a expliqué qu&rsquo;il avait un trouble bipolaire, que c&rsquo;était d&rsquo;origine génétique, qu&rsquo;il devait prendre à vie des médicaments et que la psychothérapie n&rsquo;y pourrait rien. &laquo;&nbsp;Eh bien, voilà, ça me déprime&nbsp;&raquo;, me dit-il. Formule exemplaire des dilemmes d&rsquo;aujour­d&rsquo;hui : d&rsquo;un côté, les gens espèrent qu&rsquo;on les traitera avec toutes les garanties de l&rsquo;objectivité scientifique dernier cri, de l&rsquo;autre, ce qu&rsquo;ils sont comme individu unique reste étrangement en souffrance. »</em></p>
<p>Inutile de fantasmer sur l&rsquo;âge d&rsquo;or de la psychanalyse : les années 1960-1970 font plutôt figure d&rsquo;exception. La psychanalyse était alors une contre-culture majeure, liée à la pensée critique ; elle est juste redevenue une contre-culture mineure, en marge des grands axes idéologiques. Et elle en a vu d&rsquo;autres ! Les psychanalystes, même dans le calme de leur cabinet, ont toujours été des militants. L&rsquo;adversité, loin de les décourager, raffermit plutôt leurs convictions et leur mobilisation. Et si la psychanalyse était, elle aussi, un sport de combat ?</p>
<div>
<p align="justify"> Catherine Halper, <a href="http://www.telerama.fr/idees/mauvaise-passe-pour-la-psychanalyse,72658.php">Télérama </a>n° 3217 Mis à jour le 12 septembre 2011</p>
</div>
</div>
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		<title>Jacques Lacan, envers et contre tout, par Elisabeth Roudinesco</title>
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		<pubDate>Fri, 01 Feb 2013 20:41:39 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
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<h1><a href="http://www.psychotherapies-lyon.fr/psyblog/elisabeth-roudinesco-lacan-envers-et-contre-tout.html/exe-sorci%c2%8fres-salem" rel="attachment wp-att-186"><img class="alignnone size-full wp-image-186" alt="exe sorcires salem" src="http://www.psychotherapies-lyon.fr/psyblog/wp-content/uploads/2013/02/Lacan_psychotherapie.jpg" width="157" height="227" /></a></h1>
<p>Lacan, avec sa quête inlassable de vérité. Que n&rsquo;a-t-on pas dit sur Jacques Lacan (1901-1981) ? Tour à tour charlatan, tyrannique chef de secte, oracle énigmatique aux écrits indéchiffrables&#8230; Elisabeth Roudinesco dissipe ces chimères et restitue vigoureusement le tranchant incomparable d&rsquo;une parole peu suspecte de frayer avec l&rsquo;idéologie. Au-delà d&rsquo;un Lacan qui dénonçait déjà un hédonisme sans limites, une montée de la xénophobie et une haine simpliste de la pensée, l&rsquo;auteur invite le lecteur à un &laquo;&nbsp;vagabondage dans des sentiers méconnus&nbsp;&raquo; : un Lacan critique de la famille asphyxiante, explorateur de l&rsquo;absolue singularité féminine, adepte sceptique et lucide de la Raison et grand collectionneur de livres et d&rsquo;objets. Le psychanalyste enseigna à ne jamais céder sur son désir, à se battre et se débattre pour devenir soi.</p>
</div>
<p>Trente ans après</p>
<p>Depuis la publication, en 1993, de la troisième partie de mon Histoire de la psychanalyse, entièrement consacrée à la pensée, à la vie, à l&rsquo;oeuvre et à l&rsquo;action de Jacques Lacan, j&rsquo;ai souvent eu le sentiment qu&rsquo;il me serait un jour nécessaire d&rsquo;effectuer un bilan, non seulement de l&rsquo;héritage de ce maître paradoxal, mais aussi de la manière dont fut commenté mon propre travail à l&rsquo;intérieur et à l&rsquo;extérieur de la communauté psychanalytique.</p>
<p>Sans doute m&rsquo;étais-je imaginé à tort qu&rsquo;un travail serein, fondé sur une approche critique, serait de nature à apaiser les passions. Et que peut-être la célèbre phrase de Marc Bloch &#8211; &laquo;&nbsp;Robespierristes, antirobespierristes, nous vous crions grâce : par pitié, dites-nous, simplement, quel fut Robespierre !&nbsp;&raquo; &#8211; que j&rsquo;avais placée en exergue de mon livre permettrait enfin que soient envisagés, à l&rsquo;écart des passions, tant la destinée de l&rsquo;homme que le développement de sa pensée.</p>
<p>Si le résultat fut en grande partie positif, il est évident que l&rsquo;homme et son oeuvre continuent aujourd&rsquo;hui de faire l&rsquo;objet des interprétations les plus extravagantes en un temps où chaque génération a tendance à oublier ce qui s&rsquo;est passé avant elle, quitte à célébrer l&rsquo;antériorité patrimoniale et généalogique d&rsquo;un prétendu &laquo;&nbsp;âge d&rsquo;or&nbsp;&raquo; en lieu et place d&rsquo;une réflexion sur le passé susceptible d&rsquo;éclairer l&rsquo;avenir.</p>
<p>A quoi s&rsquo;ajoutent les délires qui se font jour périodiquement et qui émanent de pamphlétaires peu scrupuleux ou de thérapeutes en mal de notoriété : Freud nazi, antisémite, incestueux, criminel, escroc. Lacan pervers, bête fauve, maoïste, violeur, chef de secte, escroc, tabassant ses femmes, ses patients, ses domestiques, ses enfants, collectionneur d&rsquo;armes à feu. Tout a été dit à ce sujet et la rumeur se porte bien, de su- renchère en surenchère.</p>
<p>Notre époque est individualiste et pragmatique. Elle aime l&rsquo;instant présent, l&rsquo;évaluation, le déterminisme économique, les sondages, l&rsquo;immédiateté, le relativisme, la sécurité. Elle cultive le rejet de l&rsquo;engagement et des élites, le mépris de la pensée, la transparence, la jouissance du mal et du sexe pervers, l&rsquo;exhibition de l&rsquo;affect et des émotions sur fond d&rsquo;explication de l&rsquo;homme par ses neurones ou ses gènes. Comme si une causalité unique permettait de rendre compte de la condition humaine. La montée du populisme en Europe et la séduction que celui-ci exerce sur certains intellectuels prônant ouvertement le racisme, la xénophobie et le nationalisme ne sont sans doute pas étrangères à cette situation.</p>
<p>Il faut dire que l&rsquo;avènement d&rsquo;un capitalisme sauvage a contribué à l&rsquo;extension planétaire de la désespérance et de la misère, associée à la réactivation du fanatisme religieux qui tient lieu, pour certains, de référence politique et d&rsquo;expérience identitaire. En France, huit millions de personnes souffrent de troubles psychiques et ils se soignent comme ils peuvent : médicaments, thérapies diverses, médecines parallèles, cures en tout genre, développement personnel, magnétisme, etc. Partout dans le monde démocratique, des procédures de médecine de soi se développent à l&rsquo;infini, à l&rsquo;écart de la science et, le plus souvent, de la raison. Dans ce monde-là, la quête du plaisir &#8211; et non pas du bonheur collectif &#8211; s&rsquo;est substituée à l&rsquo;aspiration à la vérité. Et comme la psychanalyse est tenue à la recherche de la vérité de soi, elle est entrée désormais en contradiction avec cette double tendance à l&rsquo;hédonisme, d&rsquo;une part, au repli identitaire, de l&rsquo;autre.</p>
<p>Mais du même coup, notre époque produit aussi la contestation de ce qu&rsquo;elle met en scène : c&rsquo;est quand le péril est le plus grand, disait Hölderlin, que le salut est le plus proche1 &#8211; comme l&rsquo;espoir d&rsquo;ailleurs. La preuve : après trois décennies de critiques ridicules contre l&rsquo;idée même de révolte, voilà qu&rsquo;émerge, hors de l&rsquo;Europe qui l&rsquo;avait vu naître, un nouveau désir de Révolution.</p>
<p>S&rsquo;agissant de l&rsquo;histoire de la psychanalyse et de son historiographie, tout se passe donc, après coup, et dans un tel contexte, comme si, malgré l&rsquo;établissement rigoureux des faits et l&rsquo;exploration de plusieurs vérités aux multiples facettes, Lacan &#8211; après Freud, d&rsquo;ailleurs, et tous ses successeurs &#8211; était toujours regardé tantôt comme un démon, tantôt comme une idole. D&rsquo;où un manichéisme et un déni de l&rsquo;histoire. Et les psychanalystes ne sont pas en reste : jargon, posture mélancolique, fermeture aux questions sociales, nostalgie. Ils préfèrent la mémoire à l&rsquo;histoire, le ressassement à l&rsquo;établissement des faits, l&rsquo;amour des temps anciens à celui du présent. Ils oublient volontiers que &laquo;&nbsp;demain est un autre jour&nbsp;&raquo;. Au point qu&rsquo;on peut se demander s&rsquo;ils ne se conduisent pas parfois comme les ennemis de leur discipline et de leur héritage.</p>
<p>C&rsquo;est en faisant ce constat, et tout en observant les prémices d&rsquo;une nouvelle espérance, que j&rsquo;ai eu envie, trente ans après la mort de Lacan, alors que se profile l&rsquo;évanouissement progressif d&rsquo;une certaine époque (dite &laquo;&nbsp;héroïque&nbsp;&raquo;) de la psychanalyse et que les psychanalystes se transforment en psychothérapeutes organisés en une profession réglementée par l&rsquo;Etat, de parler autrement, et de façon plus personnelle cette fois, du destin du dernier grand penseur d&rsquo;une aventure intellectuelle qui avait commencé à déployer ses effets à la fin du XIXe siècle, à l&rsquo;époque du lent déclin de l&rsquo;Empire austro-hongrois et de toutes les institutions qui y étaient attachées : la famille patriarcale, la souveraineté monarchique, le culte de la tradition, le refus de l&rsquo;avenir.</p>
<p>J&rsquo;ai voulu évoquer, à l&rsquo;intention du lecteur d&rsquo;aujourd&rsquo;hui, quelques épisodes marquants d&rsquo;une vie et d&rsquo;une oeuvre à laquelle toute une génération a été mêlée, et les commenter avec le recul du temps, de façon libre et subjective. Je voudrais que ce livre soit lu comme l&rsquo;énoncé d&rsquo;une part secrète de la vie et de l&rsquo;oeuvre de Lacan, un vagabondage dans des sentiers méconnus : un envers ou une face cachée venant éclairer l&rsquo;archive, comme dans un tableau crypté où les figures de l&rsquo;ombre, autrefois dissimulées, reviennent à la lumière. J&rsquo;ai voulu évoquer par bribes un autre Lacan confronté à ses excès, à sa &laquo;&nbsp;passion du réel2&Prime;, à ses objets : en un mot, à son réel, à ce qui a été forclos de son univers symbolique. Un Lacan des marges, des bords, du littéral, transporté par sa manie du néologisme.</p>
<p>Ce Lacan-là a su annoncer les temps qui sont devenus les nôtres, prévoir la montée du racisme et du communautarisme, la passion de l&rsquo;ignorance et la haine de la pensée, la perte des privilèges de la masculinité et les excès d&rsquo;une féminité sauvage, l&rsquo;avènement d&rsquo;une société dépressive, les impasses des Lumières et de la Révolution, la lutte à mort entre la science érigée en religion, la religion érigée en discours de la science, et l&rsquo;homme réduit à son être biologique : &laquo;&nbsp;Nous allons être submergés avant pas longtemps, disait-il en 1971, de problèmes ségrégatifs que l&rsquo;on appellera le racisme et qui tiennent au contrôle de ce qui se passe au niveau de la reproduction de la vie, chez des êtres qui se trouvent en raison de ce qu&rsquo;ils parlent, avoir toutes sortes de problèmes de conscience [...]3.&nbsp;&raquo;</p>
<p>Reparler de Lacan trente ans après sa mort, c&rsquo;est aussi se souvenir d&rsquo;une aventure intellectuelle qui tint une place importante dans notre modernité, et dont l&rsquo;héritage reste fécond quoi qu&rsquo;on en dise : liberté de parole et de moeurs, essor de toutes les émancipations &#8211; les femmes, les minorités, les homosexuels -, espoir de changer la vie, la famille, la folie, l&rsquo;école, le désir, refus de la norme, plaisir de la transgression.</p>
<p>Suscitant la jalousie des clercs qui ne cessent de l&rsquo;insulter, Lacan se situa pourtant à contre-courant de ces espérances, tel un libertin lucide et désabusé. Certes, il était convaincu que la quête de la vérité était la seule manière de parvenir à substituer le progrès au salut, les Lumières à l&rsquo;obscurantisme. A condition toutefois, disait-il, de savoir que la rationalité peut toujours se retourner en son contraire et susciter sa propre destruction. D&rsquo;où sa défense des rites, des traditions et des structures symboliques. Ceux qui le rejettent aujourd&rsquo;hui, en faisant de lui ce qu&rsquo;il ne fut jamais et en l&rsquo;affublant de l&rsquo;étiquette infamante de &laquo;&nbsp;gourou&nbsp;&raquo; ou de &laquo;&nbsp;pourfendeur de la démocratie&nbsp;&raquo;, oublient qu&rsquo;il s&rsquo;immergea de plain-pied, contre lui-même parfois, dans ces transformations. Au point d&rsquo;en épouser les paradoxes par ses jeux de langage et de mots que nous nous plaisons aujourd&rsquo;hui à pratiquer. Le XXe siècle était freudien, le XXIe siècle est d&rsquo;ores et déjà lacanien.</p>
<p>Lacan n&rsquo;a pas fini de nous étonner.</p>
<p>Né au début du XXe siècle, et ayant vécu deux guerres féroces, il commença à être célébré dès les années 1930. Mais c&rsquo;est entre 1950 et 1975 qu&rsquo;il exerça son plus puissant magistère sur la pensée française, à une époque où la France, dominée par un idéal social et politique hérité des deux mouvements issus de la Résistance, le gaullisme et le communisme, puis par la décolonisation, et enfin par la césure de Mai 1968, se vivait comme la nation la plus cultivée du monde, une nation où les intellectuels occupaient une place prépondérante au sein d&rsquo;un Etat de droit marqué par le culte d&rsquo;une République universaliste et égalitaire.</p>
<p>Dans ce contexte, toutes les aspirations fondées sur la raison et le progrès étaient de mise. Et notamment le projet d&rsquo;améliorer collectivement le sort de tous ceux qui étaient atteints de troubles psychiques : névrosés, psychotiques, dépressifs, délinquants. Et c&rsquo;est en ces temps-là précisément que Lacan s&rsquo;obstina à affirmer que l&rsquo;avancée freudienne était le seul horizon possible des sociétés démocratiques, la seule capable de saisir toutes les facettes de la complexité humaine : le pire comme le meilleur. Il n&rsquo;en devint pas pour autant, en dépit de son fort penchant pour le pessimisme et l&rsquo;ironie, un réactionnaire étriqué.</p>
<p>Il fut aussi le seul penseur de la psychanalyse à prendre en compte de manière freudienne l&rsquo;héritage d&rsquo;Auschwitz, mobilisant, pour en dessiner l&rsquo;horreur, tant la tragédie grecque que les écrits du marquis de Sade. Jamais personne, parmi les héritiers de Freud, ne sut, comme lui, réinterpréter la question de la pulsion de mort à la lumière de l&rsquo;extermination des Juifs par les nazis. Sans cette refonte et sans cette fascination que Lacan éprouva pour la part la plus cruelle et la plus noire de l&rsquo;humanité, la psychanalyse serait devenue, en France, une piteuse affaire de psychologie médicale, héritière de Pierre Janet, de Théodule Ribot ou, pire encore, de Léon Daudet, de Gustave Le Bon ou de Pierre Debray-Ritzen.</p>
<p>De Vienne à Paris</p>
<p>A mesure que se dessinait, à la fin du XIXe siècle, à la faveur du déclin des souverainetés monarchiques, une nouvelle configuration idéologique fondée sur la peur des foules, l&rsquo;adhésion à la thèse de l&rsquo;inégalité des races et la croyance en un idéal de la science susceptible de gouverner les peuples, l&rsquo;invention freudienne se déployait, au contraire, comme un nouvel humanisme favorisant les libertés individuelles et soucieux d&rsquo;explorer la part irrationnelle de la nature humaine.</p>
<p>Conservateur éclairé, Freud était convaincu que l&rsquo;avènement de la démocratie signerait la victoire de la civilisation sur la barbarie. Mais, en bon adepte des Lumières sombres, il était aussi persuadé que cette victoire ne serait jamais acquise et que chaque époque serait toujours menacée, par le progrès humain lui-même, d&rsquo;un retour permanent de ses pulsions les plus dévastatrices. Autrement dit, il soutenait que la frustration était nécessaire à l&rsquo;humanité pour contenir son agressivité et ses pulsions sexuelles, mais que celle-ci rendait les hommes malheureux puisque, parmi les vivants, seuls les hommes, à la différence des animaux, étaient habités par un désir de destruction dont ils avaient conscience.</p>
<p>Lacan était plus sombre encore dans son approche de la société humaine, plus marqué, sans doute aussi, par l&rsquo;idée de la fragilité des régimes démocratiques, plus intéressé par la folie, le crime et la mystique, et finalement plus tourmenté. En un mot, il se distinguait des héritiers de Freud &#8211; de Melanie Klein à Donald W. Winnicott et à bien d&rsquo;autres encore &#8211; par la distance qu&rsquo;il avait prise très tôt vis-à-vis d&rsquo;une conception de la psychanalyse qui réduisait celle-ci à un corpus clinique.</p>
<p>Freud avait rejeté la philosophie, qu&rsquo;il compara injustement à un système paranoïaque, pour se tourner vers la biologie, la mythologie, l&rsquo;archéologie. Lacan fit le chemin inverse en réinscrivant la psychanalyse dans l&rsquo;histoire de la philosophie et en réintroduisant la pensée philosophique dans le corpus freudien. Par la suite, il voulut faire de la psychanalyse un antidote à la philosophie, une &laquo;&nbsp;antiphilosophie&nbsp;&raquo;, en opposant le discours du maître à celui de l&rsquo;analyste. Il prit ainsi le risque de rejoindre, contre les Lumières, les suppôts de l&rsquo;obscurantisme ou des anti-Lumières.</p>
<p>Certes, Lacan était psychiatre et donc clinicien, mais, au fond, il aurait pu devenir autre chose que cela, même si, on l&rsquo;oublie souvent, il avait une véritable vocation pour la médecine publique. Il ne quitta d&rsquo;ailleurs jamais l&rsquo;hôpital Sainte-Anne : &laquo;&nbsp;mes murailles&nbsp;&raquo;, disait-il, quand il prétendait &laquo;&nbsp;parler aux murs&nbsp;&raquo;, souffrant de ne pas être assez entendu. Il y fut interne, puis conférencier, avant de se livrer, au-delà de ce qui est raisonnable, au rituel de la présentation de malades. Et c&rsquo;est à ce titre qu&rsquo;il acquit une véritable popularité auprès de milliers de psychologues et de travailleurs de la santé mentale. N&rsquo;avait-il pas conféré un prestige accru à la thématique des fondateurs de la psychothérapie institutionnelle, née au coeur de la Résistance, à l&rsquo;hôpital de Saint-Alban en Lozère, et qui avaient promu une médecine mentale au service du malade et non plus soumise aux classifications archaïques issus de l&rsquo;ancien ordre asilaire ?</p>
<p>1.&nbsp;&raquo;Mais aux lieux du péril croît/Aussi ce qui sauve.&nbsp;&raquo; Friedrich Hölderlin, &laquo;&nbsp;Patmos&nbsp;&raquo; in ?uvres, traduction de Gustrave Roud, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade.</p>
<p>2. Selon le mot d&rsquo;Alain Badiou, Le Siècle, Le Seuil, 2005.</p>
<p>3. Jacques Lacan, Le Séminaire. Livre XIX &#8230;ou pire (1971-1972), Le Seuil, 2011.</p>
<p>Site: <a href="http://www.lexpress.fr/culture/livre/lacan-envers-et-contre-tout-d-elisabeth-roudinesco_1028245.html">L&rsquo;EXPRESS</a>, publié le <time itemprop="datePublished" datetime="2011-09-09 08:00:00">09/09/2011 à 08:00</time></p>
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		<title>Le sujet postmoderne entre symptôme et jouissance, de Régnier Pirard</title>
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		<pubDate>Fri, 01 Feb 2013 20:31:16 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[L’ouvrage de Régnier Pirard s’inscrit dans la lignée de travaux contemporains des quelques psychanalystes, dont Jean-Pierre Lebrun, Charles Melman, Roland Chemama pour ne citer que ceux-là, qui ont choisi d’interroger ce qui, au-delà de l’espace du divan, était à l’œuvre &#8230; <a href="https://www.psychotherapies-lyon.fr/psyblog/regnier-pirard-le-sujet-postmoderne-entre-symptome-et-jouissance.html">Continuer la lecture <span class="meta-nav">&#8594;</span></a>]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.psychotherapies-lyon.fr/psyblog/regnier-pirard-le-sujet-postmoderne-entre-symptome-et-jouissance.html/psychanalyse_pirard" rel="attachment wp-att-190"><img class="alignnone size-full wp-image-190" alt="psychanalyse_pirard" src="http://www.psychotherapies-lyon.fr/psyblog/wp-content/uploads/2013/02/psychanalyse_pirard.jpg" width="244" height="244" /></a><br />
L’ouvrage de Régnier Pirard s’inscrit dans la lignée de travaux contemporains des quelques psychanalystes, dont Jean-Pierre Lebrun, Charles Melman, Roland Chemama pour ne citer que ceux-là, qui ont choisi d’interroger ce qui, au-delà de l’espace du divan, était à l’œuvre dans le lien social d’aujourd’hui. Il apporte ainsi sa pierre critique à un édifice conceptuel en construction, mais avec un style et un parcours singulier qui fait le précieux de cet ouvrage.</p>
<p>Il nous propose, dans un cheminement qui témoigne d’un travail sur de nombreuses années consacré à ces questions, une élaboration conceptuelle très étayée de ce qu’il nomme le sujet postmoderne. Entrant de plein pied dans la question de la nouvelle économie psychique, il pose dès son second chapitre, en jouant habilement de l’équivocité, la question sur laquelle il ne cessera de tisser son argumentaire pour dénoncer les travers et les illusions de la postmodernité : « ce passé du père ».</p>
<p>Faisant des allers-retours constants entre la clinique et le social, Régnier Pirard nous démontre de façon très convaincante ce qui se décline des différentes conséquences d’une progressive déchéance des noms du père qui va parfois jusqu’à la perte de toute référence à la fonction phallique. Il y dénonce par là même les illusions imaginaires d’un discours contemporain qui prône la jouissance, contre le désir.</p>
<p>Avec ce style qui lui est propre et laisse entendre un certain enthousiasme à cette tâche, Régnier Pirard nous interpelle de façon salutaire il me semble sur le travail qu’il y a à faire, sur la posture sur laquelle il n’y a pas à céder, pour singulièrement et collectivement se soutenir de notre désir d’analyste. Il invite à l’inventivité et à la créativité d’une psychanalyse capable de se renouveler, sans se dévoyer ou se perdre dans les modes ou facilités dogmatiques des establishments. Comme a su le faire Lacan à son époque pour soutenir le tranchant et l’efficace de sa discipline.</p>
<p>C’est en quoi cet ouvrage de Régnier Pirard apporte une certaine fraicheur, qui est également présente dans le fait que dans la reprise des travaux de nombre de ses collègues, il évite de façon très appropriée de céder à la tentation diagnostique, et nous invite plutôt à sa suite, à tenir le fil d’un questionnement rigoureux, toujours à renouveler, seule modalité permettant de faire la distinction entre imaginaire et réel. A ce propos, le débat à Nantes sur les perversions ordinaires, retranscrit dans cet ouvrage, laisse entendre comment il serait aisé de glisser d’un questionnement du réel, toujours difficile, à une dénonciation imaginaire beaucoup plus facile qui a plus ou moins les relents d’une revendication ou d’une plainte.</p>
<p>Les questions abordées dans cet ouvrage par Régnier Pirard sont nombreuses et pour nombre d’entre elles, il est tout à fait manifeste qu’elles mériteraient de plus amples développements, voire même un ouvrage spécifique (le renouvellement des relations hommes / femmes, les limites de la cure, ou encore la question de l’objet, comme l’actualité de la question de ce qui peut faire point de capiton). Tant de points et bien d’autres qui nécessiteraient des relectures, des séances de travail et des débats.</p>
<p>Cependant, de façon plus transversale, ce à quoi nous sommes invités, c’est également à entendre ici le travail d’un analyste qui chemine, disons de Freud à Lacan, et peut-être même dirais-je de Freud à Melman. Le sous-titre qui est proposé, « entre symptôme et jouissance » se lit différemment à la lecture de l’ensemble de ce texte. Il ne se lit plus comme une possible opposition entre le symptôme et la jouissance, mais plutôt comme un parcours qui va d’une lecture classique du symptôme, je veux dire freudienne, à une lecture renouvelée du champ de la jouissance, comme nous y invite aujourd’hui Charles Melman en parlant d’une nouvelle économie psychique.</p>
<p>Reste que la question se pose, en lisant ce nouvel ouvrage sur le délitement du lien social, de savoir si la dénonciation de la disparition de la référence à la fonction phallique, référence en partie freudienne, ne nous empêche pas de prendre toute la mesure du pas fait par Lacan, et poursuivi par Charles Melman. Ce pas, je dirais qu’il nous invite à nous orienter à partir de l’objet a et de la lettre, plutôt que du phallus et de la signification. Cela peut sembler évident dans la doctrine, mais j’y reviens parce qu’il n’est pas toujours évident que nous en prenions la mesure. La mesure qu’à partir de l’objet, de la lettre, aucune prétention anthropologique n’est possible. C’est peut-être ce qui ne nous incite pas à lâcher la référence au phallus, à une signifiance orientée par le S1. Si nous prenions vraiment la mesure de ce pas, peut-être serions plus prompt à apprendre de ces nouvelles modalités de jouissance qui se créent, qui s’inventent, en particulier dans les groupes de jeunes, à partir desquelles nous pourrions repenser notre praxis autrement. N’était-ce pas la démarche de Lacan avec Joyce, d’essayer d’en apprendre.</p>
<p>Car, comment font-il eux avec la jouissance, sans la référence phallique ? C’est une question, puisqu’il est tout à fait manifeste qu’ils ne sont pas psychotiques, comme le rappelle plusieurs fois Régnier Pirard. C’est, dans la suite de ses interpellations, une question qui les prolonge et s’articule à toutes celles qu’il nous adresse, en tant qu’analyste, mais aussi en tant que ce questionnement puisse se tenir de façon renouvelée dans les institutions d’analystes.</p>
<p>Site: <a href="http://www.freud-lacan.com/Champs_specialises/Billets_actualites/Le_sujet_postmoderne_entre_symptome_et_jouissance_de_R_Pirard">freud-lacan.com</a>, auteur : Jean-Luc Saint Just, le 08/09/2010</p>
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		<title>La naissance de l’objet de Bernard Golse et René Roussillon</title>
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		<pubDate>Fri, 01 Feb 2013 20:27:10 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
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				<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.psychotherapies-lyon.fr/psyblog/bernard-golse-rene-roussillon-la-naissance-de-lobjet/psychanalyse_enfance" rel="attachment wp-att-192"><img class="alignnone size-full wp-image-192" alt="psychanalyse_enfance" src="http://www.psychotherapies-lyon.fr/psyblog/wp-content/uploads/2013/02/psychanalyse_enfance.jpg" width="228" height="228" /></a><br />
Ce livre est un dialogue entre les deux psychanalystes Bernard Golse et René Roussillon. L’un travaille avec les bébés et les très jeunes enfants, l’autre avec les adolescents et adultes en proie à des souffrances narcissiques-identitaires. La confrontation de leurs recherches cliniques les fait se rejoindre autour de questions liées à &laquo;&nbsp;la naissance de l’objet&nbsp;&raquo;, plus précisément à la naissance des processus de pensée tels qu’ils émergent pour le bébé dans l’interrelation avec ses parents, premiers penseurs de ses perceptions. Dès la vie intra-utérine, l’enfant se ferait une idée de ses parents, d’après leur présence sonore et rythmique. Les auteurs situent leur réflexion dans le domaine du &laquo;&nbsp;besoin du moi&nbsp;&raquo; d’une co-création psychique, qui soulève la question de la dépendance et de la transmission intergénérationnelle.</p>
<p>Des citations d’autres auteurs émaillent l’ouvrage : Bion, Aulagnier, Green, Laplanche, et Winnicott bien sûr, dont chacun connaît la formule selon laquelle un bébé seul n’existe pas. Il y a dès le départ de la vie, la présence d’un autre qui fait exister le bébé, en lui permettant d’envisager &#8211; son existence propre et celle de ceux qui l’entourent. La nébuleuse subjective de ces premiers temps ne peut se concevoir hors de la sphère d’interrelation avec l’objet naissant à la psyché du bébé, qu’est la personne maternante. Les auteurs convoquent les cliniciens de l’autisme (G.Haag, D.Meltzer) pour affirmer avec eux l’alternance de moments en miroir &laquo;&nbsp;pareils&nbsp;&raquo; où le parent est dans un accordage pulsionnel et affectif avec l’enfant, et de moments &laquo;&nbsp;pas tout à fait pareils&nbsp;&raquo; où le parent se distingue, désire ailleurs ou autrement. Par cette oscillation se dégagent peu à peu les noyaux de subjectivité de l’enfant. Comment, par exemple, tendent-ils à s’unifier et à s’organiser, entre ce qui est intérieur et extérieur à lui ?</p>
<p>Golse et Roussillon s’emparent de cette question de la synthèse psychique pour prolonger la réflexion de Freud qui apparaît dans &laquo;&nbsp;Constructions dans l’analyse&nbsp;&raquo; et dans les petits écrits de Londres. Freud y souligne que les difficultés rencontrées avant l’âge verbal, font l’objet de fixations beaucoup plus intenses que les traumatismes de l’enfant plus âgé. Il en attribue la cause à la &laquo;&nbsp;faiblesse de la capacité de synthèse&nbsp;&raquo; de la psyché à cet âge précoce.<br />
Les auteurs évoquent la théorie de l’attachement, laquelle s’intéresse davantage à la présence de l’objet, contrairement à la psychanalyse, dont le travail de déconstruction se fonde sur une métapsychologie de l’absence de l’objet.</p>
<p>Que se passe t-il ou ne se passe t-il pas en présence de l’objet? Comment par exemple, en analyse, faire le deuil de quelque chose qui n’a pas eu lieu dans la rencontre avec l’objet?<br />
Les traumatismes précoces, survenus à un âge de grande dépendance à la psyché de l’objet, cherchent plus tard leur voie d’expression dans la répétition d’actes, d’affects, de gestes, de somatisations. C’est pourquoi Roussillon recommande d’être aussi attentif, dans le transfert, à la façon dont le patient va utiliser la capacité de penser de son thérapeute pour synthétiser quelque chose d’une rencontre mal advenue avec l’objet (et non pour déconstruire, comme il est de mise dans les problématiques œdipiennes et identificatoires plus tardives).</p>
<p>La particularité de ces traumatismes &laquo;&nbsp;hyper précoces&nbsp;&raquo; comme les définit Golse, est de renvoyer à la façon dont l’objet a été en interrelation avec le bébé pour lui prêter sa psyché, et conférer à la pulsion une valeur de messager, représentable en affects, en choses, puis en mots. La mère est d’abord celle qui pense et transforme la pulsion du bébé, au travers d’une communication mimique, gestuelle, langagière. Elle exerce sa fonction du dedans même de la psyché de l’enfant, rappelle Bernard Golse, afin qu’il puisse ensuite rependre à son compte, la possibilité d’abord offerte de symboliser ce qu’il vit. Dans cette métapsychologie de la présence, ce qui fait trauma c’est la faillite de l’objet &#8211; trop ou trop peu présent &#8211; à accompagner les potentialités inter-psychiques du bébé et du très jeune enfant, fondatrices ensuite de son intra-psychique. Il y a une sorte d’agonie de la mise en sens des multiples impressions qui assaillent le bébé. Roussillon en retrouve la marque dans sa clinique des sujets adultes, addictés ou en souffrance narcissique aigüe.<br />
Le phénomène d’après-coup chez les très jeunes enfants s’appliquera aux traumatismes de rencontres non advenues avec la psyché parentale, ou d’événements pulsionnels insuffisamment médiatisés par la présence de l’objet.</p>
<p>Bernard Golse développe largement l’idée – pas encore communément admise par les psychanalystes &#8211; d’après-coups intrinsèques à la petite enfance. En effet, dit-il, si l’après-coup actualise, en la retraduisant, la dimension traumatique d’un événement ancien, la maturation psychique qui sépare les deux temps du traumatisme n’est pas nécessairement celle de la puberté. Chacun des moments de maturation de l’enfance, aussi précoce soit-il, peut amener la retraduction d’un événement antérieur, et occasionner des symptômes pour lesquels les analystes d’enfants sont consultés.<br />
De plus, Golse et Roussillon s’accordent sur la bidirectionnalité de l’après-coup : le passé influe sur l’événement présent, mais ce dernier remanie aussi les traces du passé. Cela augure que l’enfant n’est pas seulement marqué par l’empreinte de l’histoire familiale. Le présent de la relation à ses parents va solliciter et modifier le passé du parent… et donc sa présence envers son enfant.<br />
Sous réserve que ces traces mnésiques puissent être sollicitées, c’est-à-dire non refoulées, déniées ou clivées telles que le sont, par définition, les pensées indésirables. Dans ce sens, Roussillon relève que l’après-coup d’un traumatisme précoce a souvent lieu…en cours d’analyse. La technique associative déjouant les résistances, le transfert offre un support aux processus psychiques : l’analyste est &laquo;&nbsp;utilisé&nbsp;&raquo;, selon le terme de Winnicott, à des fins de co-création psychique de façon à faire exister ce qui dans la relation à l’objet avait gravement nuit à l’épanouissement et à la synthèse des tous premiers mouvements de pensée du patient. La gamme d’affects liée au désir de détruire l’objet y prend souvent bonne part.<br />
Ce livre dégage bien l’idée que narcissisme serein et relation à l’autre, ne s’opposent pas s’ils sont le fruit du partage premier avec un objet rencontré..</p>
<p>Site <a href="http://www.nonfiction.fr/article-3819-ce_que_lobjet_donne_a_penser.htm">nonfiction.fr</a>, le dimanche 03 octobre 2010 &#8211; 15:00</p>
<p>&nbsp;</p>
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		<title>La guerre des psys autour de l&#8217;homoparentalité</title>
		<link>https://www.psychotherapies-lyon.fr/psyblog/les-psychanalystes-doivent-ecouter-leurs-patients-et-non-dire-la-norme.html</link>
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		<pubDate>Thu, 03 Jan 2013 13:17:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Les psys se sont retrouvés un peu pris au piège par cette manie de concevoir les questions de société en termes de &#171;&#160;pour ou contre&#160;&#187;. Or, une des forces des psychanalystes, c&#8217;est d&#8217;avoir une position de retrait par rapport à &#8230; <a href="https://www.psychotherapies-lyon.fr/psyblog/les-psychanalystes-doivent-ecouter-leurs-patients-et-non-dire-la-norme.html">Continuer la lecture <span class="meta-nav">&#8594;</span></a>]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p>Les psys se sont retrouvés un peu pris au piège par cette manie de concevoir les questions de société en termes de &laquo;&nbsp;pour ou contre&nbsp;&raquo;. Or, une des forces des psychanalystes, c&rsquo;est d&rsquo;avoir une position de retrait par rapport à l&rsquo;alternative du &laquo;&nbsp;pour ou contre&nbsp;&raquo;.</p>
<p>Quand on écoute ce que nous dit un patient, on n&rsquo;est pas pour ou contre, mais dans une neutralité par rapport au contenu de ce qu&rsquo;il peut dire. On peut entendre des choses très choquantes, des propos racistes, sexistes ou des fantasmes d&rsquo;une grande violence&#8230; On n&rsquo;est pas là pour dire &laquo;&nbsp;Ce n&rsquo;est pas bien&nbsp;&raquo; ou &laquo;&nbsp;C&rsquo;est bien&nbsp;&raquo;.</p>
<p>C&rsquo;est la spécificité de notre métier : ne pas être dans une norme. Les psys ont été attirés comme des aimants vers ce qu&rsquo;ils considéraient être de leur ressort, à la fois le bien-être des enfants et la structure de la famille, et la manière dont cette structure mettait en place l&rsquo;univers psychique et de l&rsquo;enfant. Mais du coup, cela a créé un discours normatif et paternaliste.</p>
<p><b>La psychanalyse et l&rsquo;homosexualité</b> ? L&rsquo;homosexualité était considérée comme une perversion par Freud, dans un sens plus médical bien sûr que la perversion comme on peut l&rsquo;entendre aujourd&rsquo;hui quand on dit d&rsquo;un individu : &laquo;&nbsp;C&rsquo;est un pervers.&nbsp;&raquo; Mais c&rsquo;est quand même pour lui une déviance, au sens étymologique du terme, c&rsquo;est-à-dire que la sexualité &laquo;&nbsp;normale&nbsp;&raquo; &#8211; parce que, pour Freud, il y a une sexualité normale &#8211; est déviée de son objet et se dirige vers le même sexe, à savoir un autre objet que l&rsquo;objet &laquo;&nbsp;normal&nbsp;&raquo;, qui devrait être la personne du sexe opposé. Pour Freud, l&rsquo;homosexualité est une déviance d&rsquo;un développement normal.</p>
<p><b>Est-ce, est une forme de pathologie ?</b> Freud considère que l&rsquo;homosexualité crée des personnalités plus infantiles ou plus narcissiques. Et il faut rappeler que jusqu&rsquo;au début des années 1980 &#8211; même si ce n&rsquo;était pas dit comme tel &#8211; on n&rsquo;était pas analyste si on était homosexuel. On cachait son homosexualité si on voulait devenir analyste, parce qu&rsquo;on considérait qu&rsquo;un analyste homosexuel ne pourrait pas bien analyser le transfert. Il ne s&rsquo;agit pas d&rsquo;incriminer Freud, qui a été un génial explorateur de l&rsquo;âme humaine. Mais ce n&rsquo;est pas pour ça que tout ce qu&rsquo;il a dit est génial.</p>
<p>Il y a un corpus freudien très intéressant pour les psychanalystes, qui peuvent s&rsquo;en servir comme d&rsquo;une référence, mais certainement pas comme des Tables de la loi. Avec Freud, on a la mise en place d&rsquo;un corpus clinique encore utile. Mais certains psychanalystes peinent à faire entrer la nouvelle famille dans le corpus freudien (sur la parenté ou le complexe d&rsquo;Œdipe, notamment). Ils en concluent qu&rsquo;il faut stopper le changement familial et sociétal. Mais ils oublient que Freud a commencé en observant ce qu&rsquo;il y avait autour de lui, en laissant le jugement moral de côté.</p>
<p><b>Mais certains psychanalystes disent que l&rsquo;homoparentalité effacerait l&rsquo;altérité, ferait disparaître le rôle du père et de la mère et porterait atteinte à l&rsquo;équilibre psychique des enfants. Ces arguments sont-ils recevables ?</b> C&rsquo;est vrai que la question de la différence est fondamentale pour le développement du psychisme de l&rsquo;enfant. Dans la psychanalyse, cette différence se fait sur celle des sexes et des générations. La différence des générations existe dans l&rsquo;homoparentalité : ce ne sont pas des gens de 5 ans qui vont adopter des gens de 4 ans, ce sont des adultes qui adoptent des enfants. Il est évident qu&rsquo;un homme et une femme sont différents. Mais Freud a aussi beaucoup parlé de la bisexualité psychique &#8211; chaque être est masculin et féminin &#8211; en expliquant qu&rsquo;il y avait une différence entre le masculin et le féminin biologiques, extérieurs, et le masculin et le féminin psychiques, qui sont d&rsquo;un autre ordre.</p>
<p>On réduit le complexe d&rsquo;Œdipe à une réalité extérieure et sociale : un homme, une femme, papa, maman&#8230; Or, souvent, les pères qui sont fantasmés ne sont pas les pères de la réalité biologique. Donc, quand on dit qu&rsquo;il faut avoir un père et une mère pour faire un Œdipe, je pense que cela ne correspond pas à la réalité et que, par ailleurs, ce n&rsquo;est pas du bon freudisme.</p>
<p><b>Il pourrait donc y avoir des &laquo;&nbsp;pères&nbsp;&raquo; et des &laquo;&nbsp;mères&nbsp;&raquo; au sein des couples de même sexe ?</b> Dans un couple où il y a deux hommes, je pense qu&rsquo;il y a en effet un des deux qui peut représenter une part féminine, mais que la féminité et la masculinité ne se retrouvent pas forcément dans la femme biologique et l&rsquo;homme biologique. Donc deux hommes peuvent apporter à un enfant cette variation-là. Ce n&rsquo;est pas parce que ce sont deux hommes que toute différence s&rsquo;efface. On ne peut pas tout relier au genre. Dans les couples d&rsquo;homosexuelles, il y a aussi un partage des tâches : ce n&rsquo;est pas parce qu&rsquo;on est deux hommes ou deux femmes que l&rsquo;on est identique et en miroir. Même si c&rsquo;est une vision caricaturale des genres, on voit bien, par exemple, que l&rsquo;une va s&rsquo;occuper de descendre la poubelle pendant que l&rsquo;autre va faire la vaisselle ! Le principe de différenciation qui structure un enfant peut se mettre en place sans reposer sur la différence des sexes de ses parents.</p>
<p><b>L&rsquo;homoparentalité peut-elle troubler le développement psychique de l&rsquo;enfant ?</b> Par définition, nous voyons plutôt des enfants en difficulté, qu&rsquo;ils soient filles ou fils d&rsquo;hétérosexuels ou d&rsquo;homosexuels. Je n&rsquo;ai pas vu pour l&rsquo;instant de pathologie spécifique à des enfants d&rsquo;homosexuels. Mais je pense que je ne suis pas plus habilitée que mes collègues à en faire une règle générale pour l&rsquo;instant. Et je défie quiconque de le faire. Oui, nous vivons un vrai changement anthropologique, qui s&rsquo;inscrit dans la continuité de la construction de l&rsquo;individu contemporain, qui peut décider de tout pour lui-même, y compris de sa sexualité.</p>
<p>Je pense donc que l&rsquo;argument qui consiste à dire &laquo;&nbsp;Mais ces enfants vont être traumatisés parce qu&rsquo;ils vont être au ban de la société quand ils seront à l&rsquo;école&nbsp;&raquo; est peu recevable, parce qu&rsquo;il y a un changement de mentalité de la société à l&rsquo;égard de l&rsquo;homosexualité. Et les psychanalystes n&rsquo;ont pas d&rsquo;autre rôle que de l&rsquo;accompagner.</p>
<p>Caroline Thompson, psychanalyste et thérapeute familiale, service de psychiatrie de l&rsquo;enfant et de l&rsquo;adolescent de la Pitié-Salpêtrière</p>
<p>Site <a href="http://www.lemonde.fr/idees/article/2012/11/08/les-psychanalystes-doivent-ecouter-leurs-patients-et-non-dire-la-norme_1787904_3232.html" target="_blank">Le Monde</a>  08.11.2012 Propos recueillis par Nicolas Truong</p>
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		<title>La correspondance Sigmund Freud et sa fille Anna 1904-1938</title>
		<link>https://www.psychotherapies-lyon.fr/psyblog/sigmund_freud_anna_communication_psychotherapie.html</link>
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		<pubDate>Thu, 03 Jan 2013 10:01:16 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Au début, il s&#8217;inquiète de sa santé à elle : &#171;&#160;A ton âge, il faut encore prendre du poids sans avoir peur de devenir trop grosse.&#160;&#187; A la fin, il la rassure sur sa santé à lui : &#171;&#160;J&#8217;ai incroyablement &#8230; <a href="https://www.psychotherapies-lyon.fr/psyblog/sigmund_freud_anna_communication_psychotherapie.html">Continuer la lecture <span class="meta-nav">&#8594;</span></a>]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.psychotherapies-lyon.fr/psyblog/sigmund_freud_anna_comm_psychotherapie.html/sigmund_freud_anna_freud_correspondance" rel="attachment wp-att-13"><img class="alignnone size-full wp-image-13" alt="Sigmund_Freud_Anna_Freud_Correspondance" src="http://www.psychotherapies-lyon.fr/psyblog/wp-content/uploads/2013/01/Sigmund_Freud_Anna_Freud_Correspondance.jpg" width="300" height="300" /></a></p>
<p>Au début, il s&rsquo;inquiète de sa santé à elle : &laquo;&nbsp;A ton âge, il faut encore prendre du poids sans avoir peur de devenir trop grosse.&nbsp;&raquo; A la fin, il la rassure sur sa santé à lui : &laquo;&nbsp;J&rsquo;ai incroyablement bien supporté la canicule, peut-être grâce à la nitroglycérine que j&rsquo;avais prise à titre préventif.&nbsp;&raquo; Trente-quatre années séparent les deux lettres. Anna a 8 ans quand elle reçoit la première, Sigmund en a 82 quand il écrit la seconde. Tout père, dans de pareilles situations, pourrait dire les mêmes mots à sa fille.</p>
<p>Sous n&rsquo;importe quelle autre plume, de telles phrases susciteraient au pire l&rsquo;indifférence, au mieux l&rsquo;attendrissement. Rédigées par Freud et destinées à sa fille cadette, elles prennent forcément un autre relief. D&rsquo;abord parce qu&rsquo;on n&rsquo;écrit pas impunément à son enfant quand on est le théoricien des névroses familiales. Ensuite parce qu&rsquo;on le fait d&rsquo;autant moins innocemment quand l&rsquo;enfant en question devient votre propre patient, comme le fut Anna de 1918 à 1920 puis de 1922 à 1924. Enfin, parce qu&rsquo;on ne s&rsquo;adresse pas à lui comme à ses autres rejetons quand, au fil des années, celui-ci s&rsquo;impose comme une figure à part entière d&rsquo;une discipline que l&rsquo;on a inventée. Ce qui fut le cas d&rsquo;Anna, restée dans l&rsquo;histoire de la psychanalyse comme l&rsquo;une des deux grandes pionnières &#8211; avec sa rivale Melanie Klein &#8211; en matière de thérapie des enfants.</p>
<p>Pour ces trois raisons, la publication des lettres que se sont échangées Sigmund et Anna Freud entre 1904 et 1938 était très attendue &#8211; quand bien même ces 298 lettres représentent une masse assez peu considérable si on la rapporte aux quelque 20 000 courriers que Freud a écrits durant sa vie. Cette attente est aujourd&rsquo;hui comblée, grâce à un volume impressionnant par l&rsquo;érudition de son apparat critique.</p>
<p>LES SOUBRESAUTS DU MONDE</p>
<p>Comme toutes les grandes correspondances, celle-ci réussit ce tour de force d&rsquo;avoir été écrite pour un seul destinataire mais de s&rsquo;adresser à de multiples lecteurs. Le passionné d&rsquo;histoire, la grande, y trouvera d&rsquo;abord son compte. Car plus d&rsquo;une fois les soubresauts du monde s&rsquo;invitent dans ces missives. Par exemple quand la fille fait état du climat déjà délétère qui règne dans l&rsquo;Allemagne de Weimar, à l&rsquo;occasion d&rsquo;un voyage en train : &laquo;&nbsp;Le seul problème, ce sont les voyageurs ; je ne sais pas si ce sont vraiment tous des antisémites, mais en tout cas ils en ont l&rsquo;air. Et j&rsquo;ai peine à imaginer un pays où, face aux gens, on aurait plus l&rsquo;impression d&rsquo;être parmi les étrangers&nbsp;&raquo;, écrit ainsi Anna, le 13 juillet 1922.</p>
<p>L&rsquo;amateur de plus petites histoires, lui aussi, tournera avidement les pages. Car entre le père et la fille, c&rsquo;est au fond toute la vie quotidienne d&rsquo;une famille de l&rsquo;intelligentsia bourgeoise du début du XXe siècle qui se raconte. Avec sa géographie, constituée d&rsquo;épicentres successifs, Vienne et Londres, et de villégiatures apprivoisées, tels Göttingen et Karlsbad. Avec ses événements de tous les jours, un cadeau d&rsquo;anniversaire à trouver, un mariage à préparer, un hôtel à réserver, un déménagement à organiser, un livre à éditer, une traduction à superviser. Avec, aussi, ces obsessions propres à chaque famille, en l&rsquo;occurrence les statuettes de collection et les chows-chows à poil rouge, qui, chez les Freud, occupaient une place singulière.</p>
<p>Et puis il y a ces histoires encore plus anodines, mais qui, sous la plume des Freud, le sont évidemment beaucoup moins. Quand la fille, par exemple, confie à son père : &laquo;&nbsp;J&rsquo;ai récemment rêvé que tu étais un roi, et moi une princesse, et qu&rsquo;on voulait nous dresser l&rsquo;un contre l&rsquo;autre par des intrigues politiques&nbsp;&raquo; (6 août 1915). Quand le père s&rsquo;inquiète de la cour que fait à sa fille son disciple Ernest Jones : &laquo;&nbsp;Il n&rsquo;est pas l&rsquo;homme qu&rsquo;il faut pour une créature féminine de nature raffinée&nbsp;&raquo; (16 juillet 1914). Ou quand les deux se demandent s&rsquo;il faut &laquo;&nbsp;électriser&nbsp;&raquo; le jeune Heinz, petit-fils de Sigmund et neveu d&rsquo;Anna, pour qu&rsquo;il cesse de faire pipi au lit.</p>
<p>Restent les non-dits. Ce que le père et la fille n&rsquo;évoquent pas l&rsquo;un avec l&rsquo;autre, préférant en parler à des tiers. On pense à ce &laquo;&nbsp;rêve diurne où apparaissait un personnage féminin&nbsp;&raquo;, une &laquo;&nbsp;histoire d&rsquo;amour&nbsp;&raquo; que la fille voulait raconter par écrit mais que &laquo;&nbsp;papa &nbsp;&raquo; lui a conseillé de &laquo;&nbsp;laisser tomber&nbsp;&raquo;, comme elle le confia à Lou Andreas-Salomé. On pense aussi à cette confidence du père à la même amie de la famille, où se dit toute l&rsquo;ambivalence de la relation à sa fille, alors âgée de 26 ans : &laquo;&nbsp;Il y a longtemps que je la plains d&rsquo;être encore chez ses vieux. (&#8230;) Mais si elle devait vraiment s&rsquo;en aller, je me sentirais aussi appauvri que je le suis en ce moment.&nbsp;&raquo;</p>
<p>&laquo;&nbsp;Tu as exactement l&rsquo;âge de la psychanalyse&nbsp;&raquo;, écrivait Sigmund à Anna le 6 décembre 1920, en faisant référence à l&rsquo;année 1895, où naquirent à la fois sa fille cadette et la discipline qui le rendit célèbre. Ces 298 lettres sont à lire à cette aune : le récit, dans sa dimension la plus intime, d&rsquo;une des plus extraordinaires aventures intellectuelles du XXe siècle. Correspondance 1904-1938, d&rsquo;Anna et Sigmund Freud, édition établie et postfacée par Ingeborg Meyer-Palmedo, traduit de l&rsquo;allemand par Olivier Mannoni, préface d&rsquo;Elisabeth Roudinesco, Fayard, 666 p</p>
<p>Site <a lang="" title="(Nouvelle fenêtre)" href="http://www.lemonde.fr/livres/article/2012/11/02/freud-pere-missives_1784313_3260.html" target="_blank" hreflang="">Le Monde</a> – Article paru dans l’édition du 02.11.12 Par Thomas Wieder</p>
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		<title>La correspondance entre Sigmund Freud et sa fille Anna Freud</title>
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		<pubDate>Wed, 02 Jan 2013 15:46:21 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Marié en 1886 avec Martha Bernays, Sigmund Freud a six enfants, nés entre 1887 et 1895. La correspondance avec ses cinq premiers, Mathilde, Martin, Oliver, Ernst et Sophie, est publiée chez Aubier. Celle avec Anna, sa cadette, chez Fayard. Elisabeth &#8230; <a href="https://www.psychotherapies-lyon.fr/psyblog/sigmund_freud_anna_comm_psychotherapie.html">Continuer la lecture <span class="meta-nav">&#8594;</span></a>]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.psychotherapies-lyon.fr/psyblog/wp-content/uploads/2013/01/Sigmund_Freud_Anna_Freud_Correspondance.jpg"><img class="size-medium wp-image-13 alignnone" alt="Sigmund_Freud_Anna_Freud_Correspondance" src="http://www.psychotherapies-lyon.fr/psyblog/wp-content/uploads/2013/01/Sigmund_Freud_Anna_Freud_Correspondance-300x300.jpg" width="300" height="300" /></a><img alt="" src="http://www.assoc-amazon.fr/e/ir?t=colblog-21&amp;l=as2&amp;o=8&amp;a=2213662290" width="1" height="1" border="0" /></p>
<p>Marié en 1886 avec Martha Bernays, Sigmund Freud a six enfants, nés entre 1887 et 1895. La correspondance avec ses cinq premiers, Mathilde, Martin, Oliver, Ernst et Sophie, est publiée chez Aubier. Celle avec Anna, sa cadette, chez Fayard. Elisabeth Roudinesco, historienne de la psychanalyse, collaboratrice du Monde des livres, en assure la préface. Entretien.</p>
<p>C&rsquo;est un Freud très investi dans les affaires familiales qui se révèle dans ces deux correspondances. Il maintient les liens, aide financièrement ses enfants et leur témoigne de la tendresse. Que représente pour lui la famille ?</p>
<p>La famille a une importance capitale dans la vie de Freud et dans sa doctrine. La psychanalyse est née de la transformation du statut de la famille en Europe, marquée par l&rsquo;abaissement de la toute-puissance des pères, par la montée du féminisme et par l&rsquo;importance des droits de l&rsquo;enfant. Freud s&rsquo;occupe de jeunes femmes hystériques en rébellion contre des frustrations sexuelles. Il s&rsquo;intéresse comme tous les savants de son époque à la sexualité infantile.</p>
<p>Il vit à Vienne au sein d&rsquo;une famille élargie avec ses six enfants, élevés par sa femme, sa belle-soeur, une gouvernante et une cuisinière. Mais son autorité n&rsquo;est pas celle d&rsquo;un patriarche tyrannique. Il est favorable au travail des femmes, à la contraception et au libre choix par les enfants de leur destin amoureux et professionnel. Sa correspondance nous renseigne donc sur la vie quotidienne d&rsquo;une famille de la Belle Epoque en pleine mutation. On y retrouve l&rsquo;atmosphère des romans de Thomas Mann ou de Proust. Chaque enfant est différent mais tous se sentent écrasés, non pas par un excès d&rsquo;autoritarisme paternel, mais d&rsquo;avoir un père qui est un grand penseur, attaqué bien qu&rsquo;ayant acquis une renommée mondiale. Enfin, Freud est aussi un « père fondateur » entouré de disciples et de patients.</p>
<p>Les lettres qu&rsquo;il échange avec ses enfants (outre Anna) laissent-elles apparaître le psychanalyste sous le père ?</p>
<p>Mais oui. Les enfants de Freud sont immergés dans l&rsquo;histoire des débuts du mouvement psychanalytique, où l&rsquo;on voue une véritable passion à l&rsquo;exploration de soi : les disciples de Freud forment une famille et ses patients sont intégrés à cette histoire. Tout est mélangé, d&rsquo;autant qu&rsquo;à cette époque les premiers psychanalystes s&rsquo;analysent entre eux et analysent leurs enfants, leurs amis, les enfants de leurs amis. Les fils de Freud, Martin, Oliver et Ernst ne choisissent pas de devenir analystes mais ils sont présents dans cette saga. Parmi les trois filles, seule Anna, la dernière et la moins désirée, deviendra une vraie disciple de son père après avoir été analysée par lui entre 1918 et 1922.</p>
<p>Que Freud ait voulu garder sa fille auprès de lui, c&rsquo;est évident mais c&rsquo;était aussi ce qu&rsquo;elle voulait. Quand Freud a compris qu&rsquo;elle avait des tendances homosexuelles, il a accepté qu&rsquo;elle élève les enfants de sa compagne Dorothy Burlingham. Les deux femmes ont vécu ensemble à Vienne dans le même immeuble que Freud. Anna avait en analyse les enfants de Dorothy et Dorothy était en cure chez Freud. Ce serait un anachronisme que d&rsquo;en être scandalisé. Et c&rsquo;est le tort du mouvement psychanalytique d&rsquo;avoir voulu trop longtemps dissimuler cette réalité. Toute cette histoire est passionnante, elle n&rsquo;est ni rose ni noire, c&rsquo;est une tranche de vie, avec, au milieu, le désastre de la première guerre mondiale qui change le destin de la psychanalyse en Europe. Avec, aussi, le pire pour horizon : le nazisme qui conduira la famille Freud à un exil sans retour vers le monde anglophone.</p>
<p>Vous terminez votre préface en faisant allusion aux tragiques grecs et aux drames de Shakespeare. Pourquoi ?</p>
<p>Freud, juif viennois de culture allemande, juif déjudaïsé, a eu le coup de génie de transposer dans la famille bourgeoise et dans l&rsquo;histoire agonisante de l&rsquo;Empire austro-hongrois la saga des dynasties royales de l&rsquo;Antiquité et du théâtre shakespearien. Il a ainsi pensé la question de la famille, non pas comme un petit drame de la névrose, mais comme une tragédie : Œdipe, c&rsquo;est la tragédie du destin (l&rsquo;inconscient, la démesure) ; Hamlet, celle du désir et de la conscience coupable. Ensuite, ses disciples ont transformé cette affaire en une psychologie « familialiste » et lui aussi a contribué en partie à cette psychologisation. Mais la véritable révolution freudienne, c&rsquo;est l&rsquo;inscription de la subjectivité humaine dans un univers tragique qui est aussi celui du XXe siècle, tragique par excellence : deux guerres mondiales parmi les plus meurtrières. Freud est un penseur de ce tragique-là, celui de la possible destruction du « geno s » (genre) humain.</p>
<p>Où en est la traduction des correspondances de Freud ?</p>
<p>Il reste encore à traduire deux correspondances familiales : celle avec Minna Bernays, sa belle-soeur, déjà parue en allemand, et celle, volumineuse, avec sa fiancée et future épouse, Martha Bernays. 1 500 lettres sont en cours de publication en allemand en cinq volumes dont un seul est paru. Et aussi la correspondance avec Otto Rank. Freud a écrit environ 20 000 lettres dont 10 000 ont été conservées. La plupart des « grandes correspondance » intellectuelles ont été traduites.</p>
<p>Site <a href="http://www.lemonde.fr/livres/article/2012/11/02/elisabeth-roudinesco-freud-pense-la-famille-comme-une-tragedie_1784314_3260.html" target="_blank">Le Monde</a> &#8211; Article paru dans l&rsquo;édition du 02.11.12</p>
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		<title>Sigmund Freud &#171;&#160;Lettres à ses enfants&#160;&#187;, père prodigue et grand-père poule</title>
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		<pubDate>Thu, 20 Dec 2012 20:55:40 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Dans les lettres qu&#8217;il adresse à ses enfants (et petits-enfants), Freud donne l&#8217;image d&#8217;un patriarche attentif et aimant On soupçonne souvent les monstres sacrés d&#8217;avoir été de mauvais pères, comme si l&#8217;affection naturelle qui porte le parent vers l&#8217;enfant devait &#8230; <a href="https://www.psychotherapies-lyon.fr/psyblog/bonjour-tout-le-monde.html">Continuer la lecture <span class="meta-nav">&#8594;</span></a>]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.psychotherapies-lyon.fr/psyblog/bonjour-tout-le-monde.html/sigmund_freud_lettres_a_ses_enfants" rel="attachment wp-att-5"><img class="alignnone size-medium wp-image-5" alt="Sigmund_Freud_Lettres_a_ses_enfants" src="http://www.psychotherapies-lyon.fr/psyblog/wp-content/uploads/2012/12/Sigmund_Freud_Lettres_a_ses_enfants-300x300.jpg" width="300" height="300" /></a></p>
<p>Dans les lettres qu&rsquo;il adresse à ses enfants (et petits-enfants), Freud donne l&rsquo;image d&rsquo;un patriarche attentif et aimant<br />
On soupçonne souvent les monstres sacrés d&rsquo;avoir été de mauvais pères, comme si l&rsquo;affection naturelle qui porte le parent vers l&rsquo;enfant devait pâtir de l&rsquo;engendrement d&rsquo;une oeuvre. La paternité de Freud fut au contraire l&rsquo;exemple d&rsquo;une conciliation possible entre une vie intellectuelle créative et un attachement fidèle à sa nombreuse progéniture.</p>
<p>De sa femme, Martha, épousée en 1886, Freud eut six enfants, Mathilde, Martin, Oliver, Ernst, Sophie et Anna, autant de prénoms choisis en hommage à des personnes chères (pour les filles) ou à des savants admirés (pour les garçons). Si la correspondance de Freud avec sa fille cadette Anna est réunie dans un volume séparé &#8211; ce que justifie autant le nombre des lettres que la place particulière que cette enfant occupa dans sa vie -, les cinq autres se lisent comme un agréable ensemble d&rsquo;où transpire la bienveillance d&rsquo;un père pour sa descendance. Laquelle, il est vrai, devait connaître un destin tourmenté ; la plupart des enfants de Freud furent affectés par les vicissitudes de l&rsquo;histoire du XXe siècle débutant &#8211; première guerre mondiale, crise de 1929 ou encore prise du pouvoir par Hitler, puis annexion de l&rsquo;Autriche. La lignée eut aussi à déplorer la perte à l&rsquo;âge adulte de l&rsquo;une des siens, la jolie Sophie ; Freud écrit alors qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas de pire « monstruosité que des enfants doivent mourir avant les parents ».</p>
<p>C&rsquo;est l&rsquo;une des choses qui frappent le plus, à la lecture de ces missives généralement assez courtes et immanquablement signées « Papa » : la préoccupation constante de Freud pour la santé des siens. S&rsquo;il n&rsquo;a rien pu faire pour Sophie, emportée par la grippe de Hambourg et probablement affaiblie par les restrictions d&rsquo;après-guerre ni pour le deuxième fils de celle-ci, dont la mort en 1923 l&rsquo;accable (« jours les plus noirs de ma vie »), ses lettres enjoignent aux uns et aux autres de se reposer et de préserver leur constitution.</p>
<p>Prodigalité</p>
<p>A son fils Ernst, installé comme architecte à Berlin, il adresse une « exhortation pressante à passer cet hiver à Davos ». En cela, Freud use de l&rsquo;autorité que lui confère son statut de père et dont il ne semble pas avoir douté un seul instant. Autre objet sur lequel Freud se montre inflexible : l&rsquo;argent. Toute sa vie il a subvenu aux besoins de ses enfants sans imaginer qu&rsquo;il puisse en être autrement. « Pour moi, avoue-t-il à Sophie en 1917, c&rsquo;est en ce moment le seul plaisir sans mélange que de pouvoir donner de l&rsquo;argent à vous, mes enfants, ou à maman ou à tante ; c&rsquo;est cela seul qui me rend le travail supportable. » Cette prodigalité se traduit dans les correspondances par une large place laissée aux échanges d&rsquo;argent, comptes ou autres ordres de virement. En 1923, il fait cette remarque à sa belle-fille Lucie, qui sonne si familière, une crise ressemblant fort à une autre : « La conséquence du fait que les jeunes ont aujourd&rsquo;hui tant de mal à arriver à quelque chose est que les vieux doivent tirer d&rsquo;eux-mêmes jusqu&rsquo;à la dernière goutte de leur capacité à produire. »</p>
<p>Ce n&rsquo;est d&rsquo;ailleurs souvent que pour regretter le manque de temps qu&rsquo;il lui laisse que Freud évoque son travail. Non sans humour, parfois : accaparé par des patients anglo-américains, six heures par jour, il bougonne « contre cette satanée nation [qui] n&rsquo;ouvre pas sa gueule quand elle parle ».</p>
<p>Le psychanalyste, homme de l&rsquo;écoute, prête l&rsquo;oreille aux difficultés des uns et des autres, soutenant ici un gendre affecté par une névrose de guerre, éclairant avec franchise Ernestine, la femme de Martin, sur les vraies défaillances de son couple, ou prodiguant là des conseils quand sa fille Sophie lui rapporte les comportements de ses deux garçons, dont l&rsquo;un n&rsquo;est autre que le fameux petit joueur à la bobine de fil, cas relaté dans Au delà du principe de plaisir. Objet de la même sollicitude, la seconde génération reçoit de « grand-papa » des envois de timbres et des souhaits d&rsquo;anniversaire. Faisant part de sa hâte de découvrir un nourrisson, Freud admet avec une lucidité empreinte d&rsquo;ironie que, tout de même, « il faut un certain temps pour qu&rsquo;un être de cette espèce apprenne à apprécier la valeur et la fonction d&rsquo;un grand-père ».</p>
<p>Quelques années plus tard, dans sa dernière lettre à Ernst, qu&rsquo;il doit retrouver à Londres et alors que le voyage s&rsquo;organise, le savant, désormais octogénaire, écrit : « Je me compare parfois au vieux Jacob que ses enfants avaient aussi emmené en Egypte à un âge avancé. » C&rsquo;est donc ainsi que Freud se voyait, patriarche inspirant autour de lui le respect et la piété filiale, figure tutélaire, aimante et aimée.</p>
<p>Site <a href="http://www.lemonde.fr/livres/article/2012/11/02/freud-papa-prodigue-et-grand-papa-poule_1784315_3260.html" target="_blank">Le Monde</a> &#8211; Article paru dans l&rsquo;édition du 02.11.12</p>
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