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	<title>Roselyne MOSSAND  Psychothérapeute Lyon &#187; Freud</title>
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		<title>Jacques Lacan, envers et contre tout, par Elisabeth Roudinesco</title>
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		<pubDate>Fri, 01 Feb 2013 20:41:39 +0000</pubDate>
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<h1><a href="http://www.psychotherapies-lyon.fr/psyblog/elisabeth-roudinesco-lacan-envers-et-contre-tout.html/exe-sorci%c2%8fres-salem" rel="attachment wp-att-186"><img class="alignnone size-full wp-image-186" alt="exe sorcires salem" src="http://www.psychotherapies-lyon.fr/psyblog/wp-content/uploads/2013/02/Lacan_psychotherapie.jpg" width="157" height="227" /></a></h1>
<p>Lacan, avec sa quête inlassable de vérité. Que n&rsquo;a-t-on pas dit sur Jacques Lacan (1901-1981) ? Tour à tour charlatan, tyrannique chef de secte, oracle énigmatique aux écrits indéchiffrables&#8230; Elisabeth Roudinesco dissipe ces chimères et restitue vigoureusement le tranchant incomparable d&rsquo;une parole peu suspecte de frayer avec l&rsquo;idéologie. Au-delà d&rsquo;un Lacan qui dénonçait déjà un hédonisme sans limites, une montée de la xénophobie et une haine simpliste de la pensée, l&rsquo;auteur invite le lecteur à un &laquo;&nbsp;vagabondage dans des sentiers méconnus&nbsp;&raquo; : un Lacan critique de la famille asphyxiante, explorateur de l&rsquo;absolue singularité féminine, adepte sceptique et lucide de la Raison et grand collectionneur de livres et d&rsquo;objets. Le psychanalyste enseigna à ne jamais céder sur son désir, à se battre et se débattre pour devenir soi.</p>
</div>
<p>Trente ans après</p>
<p>Depuis la publication, en 1993, de la troisième partie de mon Histoire de la psychanalyse, entièrement consacrée à la pensée, à la vie, à l&rsquo;oeuvre et à l&rsquo;action de Jacques Lacan, j&rsquo;ai souvent eu le sentiment qu&rsquo;il me serait un jour nécessaire d&rsquo;effectuer un bilan, non seulement de l&rsquo;héritage de ce maître paradoxal, mais aussi de la manière dont fut commenté mon propre travail à l&rsquo;intérieur et à l&rsquo;extérieur de la communauté psychanalytique.</p>
<p>Sans doute m&rsquo;étais-je imaginé à tort qu&rsquo;un travail serein, fondé sur une approche critique, serait de nature à apaiser les passions. Et que peut-être la célèbre phrase de Marc Bloch &#8211; &laquo;&nbsp;Robespierristes, antirobespierristes, nous vous crions grâce : par pitié, dites-nous, simplement, quel fut Robespierre !&nbsp;&raquo; &#8211; que j&rsquo;avais placée en exergue de mon livre permettrait enfin que soient envisagés, à l&rsquo;écart des passions, tant la destinée de l&rsquo;homme que le développement de sa pensée.</p>
<p>Si le résultat fut en grande partie positif, il est évident que l&rsquo;homme et son oeuvre continuent aujourd&rsquo;hui de faire l&rsquo;objet des interprétations les plus extravagantes en un temps où chaque génération a tendance à oublier ce qui s&rsquo;est passé avant elle, quitte à célébrer l&rsquo;antériorité patrimoniale et généalogique d&rsquo;un prétendu &laquo;&nbsp;âge d&rsquo;or&nbsp;&raquo; en lieu et place d&rsquo;une réflexion sur le passé susceptible d&rsquo;éclairer l&rsquo;avenir.</p>
<p>A quoi s&rsquo;ajoutent les délires qui se font jour périodiquement et qui émanent de pamphlétaires peu scrupuleux ou de thérapeutes en mal de notoriété : Freud nazi, antisémite, incestueux, criminel, escroc. Lacan pervers, bête fauve, maoïste, violeur, chef de secte, escroc, tabassant ses femmes, ses patients, ses domestiques, ses enfants, collectionneur d&rsquo;armes à feu. Tout a été dit à ce sujet et la rumeur se porte bien, de su- renchère en surenchère.</p>
<p>Notre époque est individualiste et pragmatique. Elle aime l&rsquo;instant présent, l&rsquo;évaluation, le déterminisme économique, les sondages, l&rsquo;immédiateté, le relativisme, la sécurité. Elle cultive le rejet de l&rsquo;engagement et des élites, le mépris de la pensée, la transparence, la jouissance du mal et du sexe pervers, l&rsquo;exhibition de l&rsquo;affect et des émotions sur fond d&rsquo;explication de l&rsquo;homme par ses neurones ou ses gènes. Comme si une causalité unique permettait de rendre compte de la condition humaine. La montée du populisme en Europe et la séduction que celui-ci exerce sur certains intellectuels prônant ouvertement le racisme, la xénophobie et le nationalisme ne sont sans doute pas étrangères à cette situation.</p>
<p>Il faut dire que l&rsquo;avènement d&rsquo;un capitalisme sauvage a contribué à l&rsquo;extension planétaire de la désespérance et de la misère, associée à la réactivation du fanatisme religieux qui tient lieu, pour certains, de référence politique et d&rsquo;expérience identitaire. En France, huit millions de personnes souffrent de troubles psychiques et ils se soignent comme ils peuvent : médicaments, thérapies diverses, médecines parallèles, cures en tout genre, développement personnel, magnétisme, etc. Partout dans le monde démocratique, des procédures de médecine de soi se développent à l&rsquo;infini, à l&rsquo;écart de la science et, le plus souvent, de la raison. Dans ce monde-là, la quête du plaisir &#8211; et non pas du bonheur collectif &#8211; s&rsquo;est substituée à l&rsquo;aspiration à la vérité. Et comme la psychanalyse est tenue à la recherche de la vérité de soi, elle est entrée désormais en contradiction avec cette double tendance à l&rsquo;hédonisme, d&rsquo;une part, au repli identitaire, de l&rsquo;autre.</p>
<p>Mais du même coup, notre époque produit aussi la contestation de ce qu&rsquo;elle met en scène : c&rsquo;est quand le péril est le plus grand, disait Hölderlin, que le salut est le plus proche1 &#8211; comme l&rsquo;espoir d&rsquo;ailleurs. La preuve : après trois décennies de critiques ridicules contre l&rsquo;idée même de révolte, voilà qu&rsquo;émerge, hors de l&rsquo;Europe qui l&rsquo;avait vu naître, un nouveau désir de Révolution.</p>
<p>S&rsquo;agissant de l&rsquo;histoire de la psychanalyse et de son historiographie, tout se passe donc, après coup, et dans un tel contexte, comme si, malgré l&rsquo;établissement rigoureux des faits et l&rsquo;exploration de plusieurs vérités aux multiples facettes, Lacan &#8211; après Freud, d&rsquo;ailleurs, et tous ses successeurs &#8211; était toujours regardé tantôt comme un démon, tantôt comme une idole. D&rsquo;où un manichéisme et un déni de l&rsquo;histoire. Et les psychanalystes ne sont pas en reste : jargon, posture mélancolique, fermeture aux questions sociales, nostalgie. Ils préfèrent la mémoire à l&rsquo;histoire, le ressassement à l&rsquo;établissement des faits, l&rsquo;amour des temps anciens à celui du présent. Ils oublient volontiers que &laquo;&nbsp;demain est un autre jour&nbsp;&raquo;. Au point qu&rsquo;on peut se demander s&rsquo;ils ne se conduisent pas parfois comme les ennemis de leur discipline et de leur héritage.</p>
<p>C&rsquo;est en faisant ce constat, et tout en observant les prémices d&rsquo;une nouvelle espérance, que j&rsquo;ai eu envie, trente ans après la mort de Lacan, alors que se profile l&rsquo;évanouissement progressif d&rsquo;une certaine époque (dite &laquo;&nbsp;héroïque&nbsp;&raquo;) de la psychanalyse et que les psychanalystes se transforment en psychothérapeutes organisés en une profession réglementée par l&rsquo;Etat, de parler autrement, et de façon plus personnelle cette fois, du destin du dernier grand penseur d&rsquo;une aventure intellectuelle qui avait commencé à déployer ses effets à la fin du XIXe siècle, à l&rsquo;époque du lent déclin de l&rsquo;Empire austro-hongrois et de toutes les institutions qui y étaient attachées : la famille patriarcale, la souveraineté monarchique, le culte de la tradition, le refus de l&rsquo;avenir.</p>
<p>J&rsquo;ai voulu évoquer, à l&rsquo;intention du lecteur d&rsquo;aujourd&rsquo;hui, quelques épisodes marquants d&rsquo;une vie et d&rsquo;une oeuvre à laquelle toute une génération a été mêlée, et les commenter avec le recul du temps, de façon libre et subjective. Je voudrais que ce livre soit lu comme l&rsquo;énoncé d&rsquo;une part secrète de la vie et de l&rsquo;oeuvre de Lacan, un vagabondage dans des sentiers méconnus : un envers ou une face cachée venant éclairer l&rsquo;archive, comme dans un tableau crypté où les figures de l&rsquo;ombre, autrefois dissimulées, reviennent à la lumière. J&rsquo;ai voulu évoquer par bribes un autre Lacan confronté à ses excès, à sa &laquo;&nbsp;passion du réel2&Prime;, à ses objets : en un mot, à son réel, à ce qui a été forclos de son univers symbolique. Un Lacan des marges, des bords, du littéral, transporté par sa manie du néologisme.</p>
<p>Ce Lacan-là a su annoncer les temps qui sont devenus les nôtres, prévoir la montée du racisme et du communautarisme, la passion de l&rsquo;ignorance et la haine de la pensée, la perte des privilèges de la masculinité et les excès d&rsquo;une féminité sauvage, l&rsquo;avènement d&rsquo;une société dépressive, les impasses des Lumières et de la Révolution, la lutte à mort entre la science érigée en religion, la religion érigée en discours de la science, et l&rsquo;homme réduit à son être biologique : &laquo;&nbsp;Nous allons être submergés avant pas longtemps, disait-il en 1971, de problèmes ségrégatifs que l&rsquo;on appellera le racisme et qui tiennent au contrôle de ce qui se passe au niveau de la reproduction de la vie, chez des êtres qui se trouvent en raison de ce qu&rsquo;ils parlent, avoir toutes sortes de problèmes de conscience [...]3.&nbsp;&raquo;</p>
<p>Reparler de Lacan trente ans après sa mort, c&rsquo;est aussi se souvenir d&rsquo;une aventure intellectuelle qui tint une place importante dans notre modernité, et dont l&rsquo;héritage reste fécond quoi qu&rsquo;on en dise : liberté de parole et de moeurs, essor de toutes les émancipations &#8211; les femmes, les minorités, les homosexuels -, espoir de changer la vie, la famille, la folie, l&rsquo;école, le désir, refus de la norme, plaisir de la transgression.</p>
<p>Suscitant la jalousie des clercs qui ne cessent de l&rsquo;insulter, Lacan se situa pourtant à contre-courant de ces espérances, tel un libertin lucide et désabusé. Certes, il était convaincu que la quête de la vérité était la seule manière de parvenir à substituer le progrès au salut, les Lumières à l&rsquo;obscurantisme. A condition toutefois, disait-il, de savoir que la rationalité peut toujours se retourner en son contraire et susciter sa propre destruction. D&rsquo;où sa défense des rites, des traditions et des structures symboliques. Ceux qui le rejettent aujourd&rsquo;hui, en faisant de lui ce qu&rsquo;il ne fut jamais et en l&rsquo;affublant de l&rsquo;étiquette infamante de &laquo;&nbsp;gourou&nbsp;&raquo; ou de &laquo;&nbsp;pourfendeur de la démocratie&nbsp;&raquo;, oublient qu&rsquo;il s&rsquo;immergea de plain-pied, contre lui-même parfois, dans ces transformations. Au point d&rsquo;en épouser les paradoxes par ses jeux de langage et de mots que nous nous plaisons aujourd&rsquo;hui à pratiquer. Le XXe siècle était freudien, le XXIe siècle est d&rsquo;ores et déjà lacanien.</p>
<p>Lacan n&rsquo;a pas fini de nous étonner.</p>
<p>Né au début du XXe siècle, et ayant vécu deux guerres féroces, il commença à être célébré dès les années 1930. Mais c&rsquo;est entre 1950 et 1975 qu&rsquo;il exerça son plus puissant magistère sur la pensée française, à une époque où la France, dominée par un idéal social et politique hérité des deux mouvements issus de la Résistance, le gaullisme et le communisme, puis par la décolonisation, et enfin par la césure de Mai 1968, se vivait comme la nation la plus cultivée du monde, une nation où les intellectuels occupaient une place prépondérante au sein d&rsquo;un Etat de droit marqué par le culte d&rsquo;une République universaliste et égalitaire.</p>
<p>Dans ce contexte, toutes les aspirations fondées sur la raison et le progrès étaient de mise. Et notamment le projet d&rsquo;améliorer collectivement le sort de tous ceux qui étaient atteints de troubles psychiques : névrosés, psychotiques, dépressifs, délinquants. Et c&rsquo;est en ces temps-là précisément que Lacan s&rsquo;obstina à affirmer que l&rsquo;avancée freudienne était le seul horizon possible des sociétés démocratiques, la seule capable de saisir toutes les facettes de la complexité humaine : le pire comme le meilleur. Il n&rsquo;en devint pas pour autant, en dépit de son fort penchant pour le pessimisme et l&rsquo;ironie, un réactionnaire étriqué.</p>
<p>Il fut aussi le seul penseur de la psychanalyse à prendre en compte de manière freudienne l&rsquo;héritage d&rsquo;Auschwitz, mobilisant, pour en dessiner l&rsquo;horreur, tant la tragédie grecque que les écrits du marquis de Sade. Jamais personne, parmi les héritiers de Freud, ne sut, comme lui, réinterpréter la question de la pulsion de mort à la lumière de l&rsquo;extermination des Juifs par les nazis. Sans cette refonte et sans cette fascination que Lacan éprouva pour la part la plus cruelle et la plus noire de l&rsquo;humanité, la psychanalyse serait devenue, en France, une piteuse affaire de psychologie médicale, héritière de Pierre Janet, de Théodule Ribot ou, pire encore, de Léon Daudet, de Gustave Le Bon ou de Pierre Debray-Ritzen.</p>
<p>De Vienne à Paris</p>
<p>A mesure que se dessinait, à la fin du XIXe siècle, à la faveur du déclin des souverainetés monarchiques, une nouvelle configuration idéologique fondée sur la peur des foules, l&rsquo;adhésion à la thèse de l&rsquo;inégalité des races et la croyance en un idéal de la science susceptible de gouverner les peuples, l&rsquo;invention freudienne se déployait, au contraire, comme un nouvel humanisme favorisant les libertés individuelles et soucieux d&rsquo;explorer la part irrationnelle de la nature humaine.</p>
<p>Conservateur éclairé, Freud était convaincu que l&rsquo;avènement de la démocratie signerait la victoire de la civilisation sur la barbarie. Mais, en bon adepte des Lumières sombres, il était aussi persuadé que cette victoire ne serait jamais acquise et que chaque époque serait toujours menacée, par le progrès humain lui-même, d&rsquo;un retour permanent de ses pulsions les plus dévastatrices. Autrement dit, il soutenait que la frustration était nécessaire à l&rsquo;humanité pour contenir son agressivité et ses pulsions sexuelles, mais que celle-ci rendait les hommes malheureux puisque, parmi les vivants, seuls les hommes, à la différence des animaux, étaient habités par un désir de destruction dont ils avaient conscience.</p>
<p>Lacan était plus sombre encore dans son approche de la société humaine, plus marqué, sans doute aussi, par l&rsquo;idée de la fragilité des régimes démocratiques, plus intéressé par la folie, le crime et la mystique, et finalement plus tourmenté. En un mot, il se distinguait des héritiers de Freud &#8211; de Melanie Klein à Donald W. Winnicott et à bien d&rsquo;autres encore &#8211; par la distance qu&rsquo;il avait prise très tôt vis-à-vis d&rsquo;une conception de la psychanalyse qui réduisait celle-ci à un corpus clinique.</p>
<p>Freud avait rejeté la philosophie, qu&rsquo;il compara injustement à un système paranoïaque, pour se tourner vers la biologie, la mythologie, l&rsquo;archéologie. Lacan fit le chemin inverse en réinscrivant la psychanalyse dans l&rsquo;histoire de la philosophie et en réintroduisant la pensée philosophique dans le corpus freudien. Par la suite, il voulut faire de la psychanalyse un antidote à la philosophie, une &laquo;&nbsp;antiphilosophie&nbsp;&raquo;, en opposant le discours du maître à celui de l&rsquo;analyste. Il prit ainsi le risque de rejoindre, contre les Lumières, les suppôts de l&rsquo;obscurantisme ou des anti-Lumières.</p>
<p>Certes, Lacan était psychiatre et donc clinicien, mais, au fond, il aurait pu devenir autre chose que cela, même si, on l&rsquo;oublie souvent, il avait une véritable vocation pour la médecine publique. Il ne quitta d&rsquo;ailleurs jamais l&rsquo;hôpital Sainte-Anne : &laquo;&nbsp;mes murailles&nbsp;&raquo;, disait-il, quand il prétendait &laquo;&nbsp;parler aux murs&nbsp;&raquo;, souffrant de ne pas être assez entendu. Il y fut interne, puis conférencier, avant de se livrer, au-delà de ce qui est raisonnable, au rituel de la présentation de malades. Et c&rsquo;est à ce titre qu&rsquo;il acquit une véritable popularité auprès de milliers de psychologues et de travailleurs de la santé mentale. N&rsquo;avait-il pas conféré un prestige accru à la thématique des fondateurs de la psychothérapie institutionnelle, née au coeur de la Résistance, à l&rsquo;hôpital de Saint-Alban en Lozère, et qui avaient promu une médecine mentale au service du malade et non plus soumise aux classifications archaïques issus de l&rsquo;ancien ordre asilaire ?</p>
<p>1.&nbsp;&raquo;Mais aux lieux du péril croît/Aussi ce qui sauve.&nbsp;&raquo; Friedrich Hölderlin, &laquo;&nbsp;Patmos&nbsp;&raquo; in ?uvres, traduction de Gustrave Roud, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade.</p>
<p>2. Selon le mot d&rsquo;Alain Badiou, Le Siècle, Le Seuil, 2005.</p>
<p>3. Jacques Lacan, Le Séminaire. Livre XIX &#8230;ou pire (1971-1972), Le Seuil, 2011.</p>
<p>Site: <a href="http://www.lexpress.fr/culture/livre/lacan-envers-et-contre-tout-d-elisabeth-roudinesco_1028245.html">L&rsquo;EXPRESS</a>, publié le <time itemprop="datePublished" datetime="2011-09-09 08:00:00">09/09/2011 à 08:00</time></p>
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		<title>Le sujet postmoderne entre symptôme et jouissance, de Régnier Pirard</title>
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		<pubDate>Fri, 01 Feb 2013 20:31:16 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[L’ouvrage de Régnier Pirard s’inscrit dans la lignée de travaux contemporains des quelques psychanalystes, dont Jean-Pierre Lebrun, Charles Melman, Roland Chemama pour ne citer que ceux-là, qui ont choisi d’interroger ce qui, au-delà de l’espace du divan, était à l’œuvre &#8230; <a href="https://www.psychotherapies-lyon.fr/psyblog/regnier-pirard-le-sujet-postmoderne-entre-symptome-et-jouissance.html">Continuer la lecture <span class="meta-nav">&#8594;</span></a>]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.psychotherapies-lyon.fr/psyblog/regnier-pirard-le-sujet-postmoderne-entre-symptome-et-jouissance.html/psychanalyse_pirard" rel="attachment wp-att-190"><img class="alignnone size-full wp-image-190" alt="psychanalyse_pirard" src="http://www.psychotherapies-lyon.fr/psyblog/wp-content/uploads/2013/02/psychanalyse_pirard.jpg" width="244" height="244" /></a><br />
L’ouvrage de Régnier Pirard s’inscrit dans la lignée de travaux contemporains des quelques psychanalystes, dont Jean-Pierre Lebrun, Charles Melman, Roland Chemama pour ne citer que ceux-là, qui ont choisi d’interroger ce qui, au-delà de l’espace du divan, était à l’œuvre dans le lien social d’aujourd’hui. Il apporte ainsi sa pierre critique à un édifice conceptuel en construction, mais avec un style et un parcours singulier qui fait le précieux de cet ouvrage.</p>
<p>Il nous propose, dans un cheminement qui témoigne d’un travail sur de nombreuses années consacré à ces questions, une élaboration conceptuelle très étayée de ce qu’il nomme le sujet postmoderne. Entrant de plein pied dans la question de la nouvelle économie psychique, il pose dès son second chapitre, en jouant habilement de l’équivocité, la question sur laquelle il ne cessera de tisser son argumentaire pour dénoncer les travers et les illusions de la postmodernité : « ce passé du père ».</p>
<p>Faisant des allers-retours constants entre la clinique et le social, Régnier Pirard nous démontre de façon très convaincante ce qui se décline des différentes conséquences d’une progressive déchéance des noms du père qui va parfois jusqu’à la perte de toute référence à la fonction phallique. Il y dénonce par là même les illusions imaginaires d’un discours contemporain qui prône la jouissance, contre le désir.</p>
<p>Avec ce style qui lui est propre et laisse entendre un certain enthousiasme à cette tâche, Régnier Pirard nous interpelle de façon salutaire il me semble sur le travail qu’il y a à faire, sur la posture sur laquelle il n’y a pas à céder, pour singulièrement et collectivement se soutenir de notre désir d’analyste. Il invite à l’inventivité et à la créativité d’une psychanalyse capable de se renouveler, sans se dévoyer ou se perdre dans les modes ou facilités dogmatiques des establishments. Comme a su le faire Lacan à son époque pour soutenir le tranchant et l’efficace de sa discipline.</p>
<p>C’est en quoi cet ouvrage de Régnier Pirard apporte une certaine fraicheur, qui est également présente dans le fait que dans la reprise des travaux de nombre de ses collègues, il évite de façon très appropriée de céder à la tentation diagnostique, et nous invite plutôt à sa suite, à tenir le fil d’un questionnement rigoureux, toujours à renouveler, seule modalité permettant de faire la distinction entre imaginaire et réel. A ce propos, le débat à Nantes sur les perversions ordinaires, retranscrit dans cet ouvrage, laisse entendre comment il serait aisé de glisser d’un questionnement du réel, toujours difficile, à une dénonciation imaginaire beaucoup plus facile qui a plus ou moins les relents d’une revendication ou d’une plainte.</p>
<p>Les questions abordées dans cet ouvrage par Régnier Pirard sont nombreuses et pour nombre d’entre elles, il est tout à fait manifeste qu’elles mériteraient de plus amples développements, voire même un ouvrage spécifique (le renouvellement des relations hommes / femmes, les limites de la cure, ou encore la question de l’objet, comme l’actualité de la question de ce qui peut faire point de capiton). Tant de points et bien d’autres qui nécessiteraient des relectures, des séances de travail et des débats.</p>
<p>Cependant, de façon plus transversale, ce à quoi nous sommes invités, c’est également à entendre ici le travail d’un analyste qui chemine, disons de Freud à Lacan, et peut-être même dirais-je de Freud à Melman. Le sous-titre qui est proposé, « entre symptôme et jouissance » se lit différemment à la lecture de l’ensemble de ce texte. Il ne se lit plus comme une possible opposition entre le symptôme et la jouissance, mais plutôt comme un parcours qui va d’une lecture classique du symptôme, je veux dire freudienne, à une lecture renouvelée du champ de la jouissance, comme nous y invite aujourd’hui Charles Melman en parlant d’une nouvelle économie psychique.</p>
<p>Reste que la question se pose, en lisant ce nouvel ouvrage sur le délitement du lien social, de savoir si la dénonciation de la disparition de la référence à la fonction phallique, référence en partie freudienne, ne nous empêche pas de prendre toute la mesure du pas fait par Lacan, et poursuivi par Charles Melman. Ce pas, je dirais qu’il nous invite à nous orienter à partir de l’objet a et de la lettre, plutôt que du phallus et de la signification. Cela peut sembler évident dans la doctrine, mais j’y reviens parce qu’il n’est pas toujours évident que nous en prenions la mesure. La mesure qu’à partir de l’objet, de la lettre, aucune prétention anthropologique n’est possible. C’est peut-être ce qui ne nous incite pas à lâcher la référence au phallus, à une signifiance orientée par le S1. Si nous prenions vraiment la mesure de ce pas, peut-être serions plus prompt à apprendre de ces nouvelles modalités de jouissance qui se créent, qui s’inventent, en particulier dans les groupes de jeunes, à partir desquelles nous pourrions repenser notre praxis autrement. N’était-ce pas la démarche de Lacan avec Joyce, d’essayer d’en apprendre.</p>
<p>Car, comment font-il eux avec la jouissance, sans la référence phallique ? C’est une question, puisqu’il est tout à fait manifeste qu’ils ne sont pas psychotiques, comme le rappelle plusieurs fois Régnier Pirard. C’est, dans la suite de ses interpellations, une question qui les prolonge et s’articule à toutes celles qu’il nous adresse, en tant qu’analyste, mais aussi en tant que ce questionnement puisse se tenir de façon renouvelée dans les institutions d’analystes.</p>
<p>Site: <a href="http://www.freud-lacan.com/Champs_specialises/Billets_actualites/Le_sujet_postmoderne_entre_symptome_et_jouissance_de_R_Pirard">freud-lacan.com</a>, auteur : Jean-Luc Saint Just, le 08/09/2010</p>
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		<title>La correspondance Sigmund Freud et sa fille Anna 1904-1938</title>
		<link>https://www.psychotherapies-lyon.fr/psyblog/sigmund_freud_anna_communication_psychotherapie.html</link>
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		<pubDate>Thu, 03 Jan 2013 10:01:16 +0000</pubDate>
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				<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.psychotherapies-lyon.fr/psyblog/sigmund_freud_anna_comm_psychotherapie.html/sigmund_freud_anna_freud_correspondance" rel="attachment wp-att-13"><img class="alignnone size-full wp-image-13" alt="Sigmund_Freud_Anna_Freud_Correspondance" src="http://www.psychotherapies-lyon.fr/psyblog/wp-content/uploads/2013/01/Sigmund_Freud_Anna_Freud_Correspondance.jpg" width="300" height="300" /></a></p>
<p>Au début, il s&rsquo;inquiète de sa santé à elle : &laquo;&nbsp;A ton âge, il faut encore prendre du poids sans avoir peur de devenir trop grosse.&nbsp;&raquo; A la fin, il la rassure sur sa santé à lui : &laquo;&nbsp;J&rsquo;ai incroyablement bien supporté la canicule, peut-être grâce à la nitroglycérine que j&rsquo;avais prise à titre préventif.&nbsp;&raquo; Trente-quatre années séparent les deux lettres. Anna a 8 ans quand elle reçoit la première, Sigmund en a 82 quand il écrit la seconde. Tout père, dans de pareilles situations, pourrait dire les mêmes mots à sa fille.</p>
<p>Sous n&rsquo;importe quelle autre plume, de telles phrases susciteraient au pire l&rsquo;indifférence, au mieux l&rsquo;attendrissement. Rédigées par Freud et destinées à sa fille cadette, elles prennent forcément un autre relief. D&rsquo;abord parce qu&rsquo;on n&rsquo;écrit pas impunément à son enfant quand on est le théoricien des névroses familiales. Ensuite parce qu&rsquo;on le fait d&rsquo;autant moins innocemment quand l&rsquo;enfant en question devient votre propre patient, comme le fut Anna de 1918 à 1920 puis de 1922 à 1924. Enfin, parce qu&rsquo;on ne s&rsquo;adresse pas à lui comme à ses autres rejetons quand, au fil des années, celui-ci s&rsquo;impose comme une figure à part entière d&rsquo;une discipline que l&rsquo;on a inventée. Ce qui fut le cas d&rsquo;Anna, restée dans l&rsquo;histoire de la psychanalyse comme l&rsquo;une des deux grandes pionnières &#8211; avec sa rivale Melanie Klein &#8211; en matière de thérapie des enfants.</p>
<p>Pour ces trois raisons, la publication des lettres que se sont échangées Sigmund et Anna Freud entre 1904 et 1938 était très attendue &#8211; quand bien même ces 298 lettres représentent une masse assez peu considérable si on la rapporte aux quelque 20 000 courriers que Freud a écrits durant sa vie. Cette attente est aujourd&rsquo;hui comblée, grâce à un volume impressionnant par l&rsquo;érudition de son apparat critique.</p>
<p>LES SOUBRESAUTS DU MONDE</p>
<p>Comme toutes les grandes correspondances, celle-ci réussit ce tour de force d&rsquo;avoir été écrite pour un seul destinataire mais de s&rsquo;adresser à de multiples lecteurs. Le passionné d&rsquo;histoire, la grande, y trouvera d&rsquo;abord son compte. Car plus d&rsquo;une fois les soubresauts du monde s&rsquo;invitent dans ces missives. Par exemple quand la fille fait état du climat déjà délétère qui règne dans l&rsquo;Allemagne de Weimar, à l&rsquo;occasion d&rsquo;un voyage en train : &laquo;&nbsp;Le seul problème, ce sont les voyageurs ; je ne sais pas si ce sont vraiment tous des antisémites, mais en tout cas ils en ont l&rsquo;air. Et j&rsquo;ai peine à imaginer un pays où, face aux gens, on aurait plus l&rsquo;impression d&rsquo;être parmi les étrangers&nbsp;&raquo;, écrit ainsi Anna, le 13 juillet 1922.</p>
<p>L&rsquo;amateur de plus petites histoires, lui aussi, tournera avidement les pages. Car entre le père et la fille, c&rsquo;est au fond toute la vie quotidienne d&rsquo;une famille de l&rsquo;intelligentsia bourgeoise du début du XXe siècle qui se raconte. Avec sa géographie, constituée d&rsquo;épicentres successifs, Vienne et Londres, et de villégiatures apprivoisées, tels Göttingen et Karlsbad. Avec ses événements de tous les jours, un cadeau d&rsquo;anniversaire à trouver, un mariage à préparer, un hôtel à réserver, un déménagement à organiser, un livre à éditer, une traduction à superviser. Avec, aussi, ces obsessions propres à chaque famille, en l&rsquo;occurrence les statuettes de collection et les chows-chows à poil rouge, qui, chez les Freud, occupaient une place singulière.</p>
<p>Et puis il y a ces histoires encore plus anodines, mais qui, sous la plume des Freud, le sont évidemment beaucoup moins. Quand la fille, par exemple, confie à son père : &laquo;&nbsp;J&rsquo;ai récemment rêvé que tu étais un roi, et moi une princesse, et qu&rsquo;on voulait nous dresser l&rsquo;un contre l&rsquo;autre par des intrigues politiques&nbsp;&raquo; (6 août 1915). Quand le père s&rsquo;inquiète de la cour que fait à sa fille son disciple Ernest Jones : &laquo;&nbsp;Il n&rsquo;est pas l&rsquo;homme qu&rsquo;il faut pour une créature féminine de nature raffinée&nbsp;&raquo; (16 juillet 1914). Ou quand les deux se demandent s&rsquo;il faut &laquo;&nbsp;électriser&nbsp;&raquo; le jeune Heinz, petit-fils de Sigmund et neveu d&rsquo;Anna, pour qu&rsquo;il cesse de faire pipi au lit.</p>
<p>Restent les non-dits. Ce que le père et la fille n&rsquo;évoquent pas l&rsquo;un avec l&rsquo;autre, préférant en parler à des tiers. On pense à ce &laquo;&nbsp;rêve diurne où apparaissait un personnage féminin&nbsp;&raquo;, une &laquo;&nbsp;histoire d&rsquo;amour&nbsp;&raquo; que la fille voulait raconter par écrit mais que &laquo;&nbsp;papa &nbsp;&raquo; lui a conseillé de &laquo;&nbsp;laisser tomber&nbsp;&raquo;, comme elle le confia à Lou Andreas-Salomé. On pense aussi à cette confidence du père à la même amie de la famille, où se dit toute l&rsquo;ambivalence de la relation à sa fille, alors âgée de 26 ans : &laquo;&nbsp;Il y a longtemps que je la plains d&rsquo;être encore chez ses vieux. (&#8230;) Mais si elle devait vraiment s&rsquo;en aller, je me sentirais aussi appauvri que je le suis en ce moment.&nbsp;&raquo;</p>
<p>&laquo;&nbsp;Tu as exactement l&rsquo;âge de la psychanalyse&nbsp;&raquo;, écrivait Sigmund à Anna le 6 décembre 1920, en faisant référence à l&rsquo;année 1895, où naquirent à la fois sa fille cadette et la discipline qui le rendit célèbre. Ces 298 lettres sont à lire à cette aune : le récit, dans sa dimension la plus intime, d&rsquo;une des plus extraordinaires aventures intellectuelles du XXe siècle. Correspondance 1904-1938, d&rsquo;Anna et Sigmund Freud, édition établie et postfacée par Ingeborg Meyer-Palmedo, traduit de l&rsquo;allemand par Olivier Mannoni, préface d&rsquo;Elisabeth Roudinesco, Fayard, 666 p</p>
<p>Site <a lang="" title="(Nouvelle fenêtre)" href="http://www.lemonde.fr/livres/article/2012/11/02/freud-pere-missives_1784313_3260.html" target="_blank" hreflang="">Le Monde</a> – Article paru dans l’édition du 02.11.12 Par Thomas Wieder</p>
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		<title>La correspondance entre Sigmund Freud et sa fille Anna Freud</title>
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		<pubDate>Wed, 02 Jan 2013 15:46:21 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Freud]]></category>
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		<description><![CDATA[Marié en 1886 avec Martha Bernays, Sigmund Freud a six enfants, nés entre 1887 et 1895. La correspondance avec ses cinq premiers, Mathilde, Martin, Oliver, Ernst et Sophie, est publiée chez Aubier. Celle avec Anna, sa cadette, chez Fayard. Elisabeth &#8230; <a href="https://www.psychotherapies-lyon.fr/psyblog/sigmund_freud_anna_comm_psychotherapie.html">Continuer la lecture <span class="meta-nav">&#8594;</span></a>]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.psychotherapies-lyon.fr/psyblog/wp-content/uploads/2013/01/Sigmund_Freud_Anna_Freud_Correspondance.jpg"><img class="size-medium wp-image-13 alignnone" alt="Sigmund_Freud_Anna_Freud_Correspondance" src="http://www.psychotherapies-lyon.fr/psyblog/wp-content/uploads/2013/01/Sigmund_Freud_Anna_Freud_Correspondance-300x300.jpg" width="300" height="300" /></a><img alt="" src="http://www.assoc-amazon.fr/e/ir?t=colblog-21&amp;l=as2&amp;o=8&amp;a=2213662290" width="1" height="1" border="0" /></p>
<p>Marié en 1886 avec Martha Bernays, Sigmund Freud a six enfants, nés entre 1887 et 1895. La correspondance avec ses cinq premiers, Mathilde, Martin, Oliver, Ernst et Sophie, est publiée chez Aubier. Celle avec Anna, sa cadette, chez Fayard. Elisabeth Roudinesco, historienne de la psychanalyse, collaboratrice du Monde des livres, en assure la préface. Entretien.</p>
<p>C&rsquo;est un Freud très investi dans les affaires familiales qui se révèle dans ces deux correspondances. Il maintient les liens, aide financièrement ses enfants et leur témoigne de la tendresse. Que représente pour lui la famille ?</p>
<p>La famille a une importance capitale dans la vie de Freud et dans sa doctrine. La psychanalyse est née de la transformation du statut de la famille en Europe, marquée par l&rsquo;abaissement de la toute-puissance des pères, par la montée du féminisme et par l&rsquo;importance des droits de l&rsquo;enfant. Freud s&rsquo;occupe de jeunes femmes hystériques en rébellion contre des frustrations sexuelles. Il s&rsquo;intéresse comme tous les savants de son époque à la sexualité infantile.</p>
<p>Il vit à Vienne au sein d&rsquo;une famille élargie avec ses six enfants, élevés par sa femme, sa belle-soeur, une gouvernante et une cuisinière. Mais son autorité n&rsquo;est pas celle d&rsquo;un patriarche tyrannique. Il est favorable au travail des femmes, à la contraception et au libre choix par les enfants de leur destin amoureux et professionnel. Sa correspondance nous renseigne donc sur la vie quotidienne d&rsquo;une famille de la Belle Epoque en pleine mutation. On y retrouve l&rsquo;atmosphère des romans de Thomas Mann ou de Proust. Chaque enfant est différent mais tous se sentent écrasés, non pas par un excès d&rsquo;autoritarisme paternel, mais d&rsquo;avoir un père qui est un grand penseur, attaqué bien qu&rsquo;ayant acquis une renommée mondiale. Enfin, Freud est aussi un « père fondateur » entouré de disciples et de patients.</p>
<p>Les lettres qu&rsquo;il échange avec ses enfants (outre Anna) laissent-elles apparaître le psychanalyste sous le père ?</p>
<p>Mais oui. Les enfants de Freud sont immergés dans l&rsquo;histoire des débuts du mouvement psychanalytique, où l&rsquo;on voue une véritable passion à l&rsquo;exploration de soi : les disciples de Freud forment une famille et ses patients sont intégrés à cette histoire. Tout est mélangé, d&rsquo;autant qu&rsquo;à cette époque les premiers psychanalystes s&rsquo;analysent entre eux et analysent leurs enfants, leurs amis, les enfants de leurs amis. Les fils de Freud, Martin, Oliver et Ernst ne choisissent pas de devenir analystes mais ils sont présents dans cette saga. Parmi les trois filles, seule Anna, la dernière et la moins désirée, deviendra une vraie disciple de son père après avoir été analysée par lui entre 1918 et 1922.</p>
<p>Que Freud ait voulu garder sa fille auprès de lui, c&rsquo;est évident mais c&rsquo;était aussi ce qu&rsquo;elle voulait. Quand Freud a compris qu&rsquo;elle avait des tendances homosexuelles, il a accepté qu&rsquo;elle élève les enfants de sa compagne Dorothy Burlingham. Les deux femmes ont vécu ensemble à Vienne dans le même immeuble que Freud. Anna avait en analyse les enfants de Dorothy et Dorothy était en cure chez Freud. Ce serait un anachronisme que d&rsquo;en être scandalisé. Et c&rsquo;est le tort du mouvement psychanalytique d&rsquo;avoir voulu trop longtemps dissimuler cette réalité. Toute cette histoire est passionnante, elle n&rsquo;est ni rose ni noire, c&rsquo;est une tranche de vie, avec, au milieu, le désastre de la première guerre mondiale qui change le destin de la psychanalyse en Europe. Avec, aussi, le pire pour horizon : le nazisme qui conduira la famille Freud à un exil sans retour vers le monde anglophone.</p>
<p>Vous terminez votre préface en faisant allusion aux tragiques grecs et aux drames de Shakespeare. Pourquoi ?</p>
<p>Freud, juif viennois de culture allemande, juif déjudaïsé, a eu le coup de génie de transposer dans la famille bourgeoise et dans l&rsquo;histoire agonisante de l&rsquo;Empire austro-hongrois la saga des dynasties royales de l&rsquo;Antiquité et du théâtre shakespearien. Il a ainsi pensé la question de la famille, non pas comme un petit drame de la névrose, mais comme une tragédie : Œdipe, c&rsquo;est la tragédie du destin (l&rsquo;inconscient, la démesure) ; Hamlet, celle du désir et de la conscience coupable. Ensuite, ses disciples ont transformé cette affaire en une psychologie « familialiste » et lui aussi a contribué en partie à cette psychologisation. Mais la véritable révolution freudienne, c&rsquo;est l&rsquo;inscription de la subjectivité humaine dans un univers tragique qui est aussi celui du XXe siècle, tragique par excellence : deux guerres mondiales parmi les plus meurtrières. Freud est un penseur de ce tragique-là, celui de la possible destruction du « geno s » (genre) humain.</p>
<p>Où en est la traduction des correspondances de Freud ?</p>
<p>Il reste encore à traduire deux correspondances familiales : celle avec Minna Bernays, sa belle-soeur, déjà parue en allemand, et celle, volumineuse, avec sa fiancée et future épouse, Martha Bernays. 1 500 lettres sont en cours de publication en allemand en cinq volumes dont un seul est paru. Et aussi la correspondance avec Otto Rank. Freud a écrit environ 20 000 lettres dont 10 000 ont été conservées. La plupart des « grandes correspondance » intellectuelles ont été traduites.</p>
<p>Site <a href="http://www.lemonde.fr/livres/article/2012/11/02/elisabeth-roudinesco-freud-pense-la-famille-comme-une-tragedie_1784314_3260.html" target="_blank">Le Monde</a> &#8211; Article paru dans l&rsquo;édition du 02.11.12</p>
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		<title>Sigmund Freud &#171;&#160;Lettres à ses enfants&#160;&#187;, père prodigue et grand-père poule</title>
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		<pubDate>Thu, 20 Dec 2012 20:55:40 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Dans les lettres qu&#8217;il adresse à ses enfants (et petits-enfants), Freud donne l&#8217;image d&#8217;un patriarche attentif et aimant On soupçonne souvent les monstres sacrés d&#8217;avoir été de mauvais pères, comme si l&#8217;affection naturelle qui porte le parent vers l&#8217;enfant devait &#8230; <a href="https://www.psychotherapies-lyon.fr/psyblog/bonjour-tout-le-monde.html">Continuer la lecture <span class="meta-nav">&#8594;</span></a>]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.psychotherapies-lyon.fr/psyblog/bonjour-tout-le-monde.html/sigmund_freud_lettres_a_ses_enfants" rel="attachment wp-att-5"><img class="alignnone size-medium wp-image-5" alt="Sigmund_Freud_Lettres_a_ses_enfants" src="http://www.psychotherapies-lyon.fr/psyblog/wp-content/uploads/2012/12/Sigmund_Freud_Lettres_a_ses_enfants-300x300.jpg" width="300" height="300" /></a></p>
<p>Dans les lettres qu&rsquo;il adresse à ses enfants (et petits-enfants), Freud donne l&rsquo;image d&rsquo;un patriarche attentif et aimant<br />
On soupçonne souvent les monstres sacrés d&rsquo;avoir été de mauvais pères, comme si l&rsquo;affection naturelle qui porte le parent vers l&rsquo;enfant devait pâtir de l&rsquo;engendrement d&rsquo;une oeuvre. La paternité de Freud fut au contraire l&rsquo;exemple d&rsquo;une conciliation possible entre une vie intellectuelle créative et un attachement fidèle à sa nombreuse progéniture.</p>
<p>De sa femme, Martha, épousée en 1886, Freud eut six enfants, Mathilde, Martin, Oliver, Ernst, Sophie et Anna, autant de prénoms choisis en hommage à des personnes chères (pour les filles) ou à des savants admirés (pour les garçons). Si la correspondance de Freud avec sa fille cadette Anna est réunie dans un volume séparé &#8211; ce que justifie autant le nombre des lettres que la place particulière que cette enfant occupa dans sa vie -, les cinq autres se lisent comme un agréable ensemble d&rsquo;où transpire la bienveillance d&rsquo;un père pour sa descendance. Laquelle, il est vrai, devait connaître un destin tourmenté ; la plupart des enfants de Freud furent affectés par les vicissitudes de l&rsquo;histoire du XXe siècle débutant &#8211; première guerre mondiale, crise de 1929 ou encore prise du pouvoir par Hitler, puis annexion de l&rsquo;Autriche. La lignée eut aussi à déplorer la perte à l&rsquo;âge adulte de l&rsquo;une des siens, la jolie Sophie ; Freud écrit alors qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas de pire « monstruosité que des enfants doivent mourir avant les parents ».</p>
<p>C&rsquo;est l&rsquo;une des choses qui frappent le plus, à la lecture de ces missives généralement assez courtes et immanquablement signées « Papa » : la préoccupation constante de Freud pour la santé des siens. S&rsquo;il n&rsquo;a rien pu faire pour Sophie, emportée par la grippe de Hambourg et probablement affaiblie par les restrictions d&rsquo;après-guerre ni pour le deuxième fils de celle-ci, dont la mort en 1923 l&rsquo;accable (« jours les plus noirs de ma vie »), ses lettres enjoignent aux uns et aux autres de se reposer et de préserver leur constitution.</p>
<p>Prodigalité</p>
<p>A son fils Ernst, installé comme architecte à Berlin, il adresse une « exhortation pressante à passer cet hiver à Davos ». En cela, Freud use de l&rsquo;autorité que lui confère son statut de père et dont il ne semble pas avoir douté un seul instant. Autre objet sur lequel Freud se montre inflexible : l&rsquo;argent. Toute sa vie il a subvenu aux besoins de ses enfants sans imaginer qu&rsquo;il puisse en être autrement. « Pour moi, avoue-t-il à Sophie en 1917, c&rsquo;est en ce moment le seul plaisir sans mélange que de pouvoir donner de l&rsquo;argent à vous, mes enfants, ou à maman ou à tante ; c&rsquo;est cela seul qui me rend le travail supportable. » Cette prodigalité se traduit dans les correspondances par une large place laissée aux échanges d&rsquo;argent, comptes ou autres ordres de virement. En 1923, il fait cette remarque à sa belle-fille Lucie, qui sonne si familière, une crise ressemblant fort à une autre : « La conséquence du fait que les jeunes ont aujourd&rsquo;hui tant de mal à arriver à quelque chose est que les vieux doivent tirer d&rsquo;eux-mêmes jusqu&rsquo;à la dernière goutte de leur capacité à produire. »</p>
<p>Ce n&rsquo;est d&rsquo;ailleurs souvent que pour regretter le manque de temps qu&rsquo;il lui laisse que Freud évoque son travail. Non sans humour, parfois : accaparé par des patients anglo-américains, six heures par jour, il bougonne « contre cette satanée nation [qui] n&rsquo;ouvre pas sa gueule quand elle parle ».</p>
<p>Le psychanalyste, homme de l&rsquo;écoute, prête l&rsquo;oreille aux difficultés des uns et des autres, soutenant ici un gendre affecté par une névrose de guerre, éclairant avec franchise Ernestine, la femme de Martin, sur les vraies défaillances de son couple, ou prodiguant là des conseils quand sa fille Sophie lui rapporte les comportements de ses deux garçons, dont l&rsquo;un n&rsquo;est autre que le fameux petit joueur à la bobine de fil, cas relaté dans Au delà du principe de plaisir. Objet de la même sollicitude, la seconde génération reçoit de « grand-papa » des envois de timbres et des souhaits d&rsquo;anniversaire. Faisant part de sa hâte de découvrir un nourrisson, Freud admet avec une lucidité empreinte d&rsquo;ironie que, tout de même, « il faut un certain temps pour qu&rsquo;un être de cette espèce apprenne à apprécier la valeur et la fonction d&rsquo;un grand-père ».</p>
<p>Quelques années plus tard, dans sa dernière lettre à Ernst, qu&rsquo;il doit retrouver à Londres et alors que le voyage s&rsquo;organise, le savant, désormais octogénaire, écrit : « Je me compare parfois au vieux Jacob que ses enfants avaient aussi emmené en Egypte à un âge avancé. » C&rsquo;est donc ainsi que Freud se voyait, patriarche inspirant autour de lui le respect et la piété filiale, figure tutélaire, aimante et aimée.</p>
<p>Site <a href="http://www.lemonde.fr/livres/article/2012/11/02/freud-papa-prodigue-et-grand-papa-poule_1784315_3260.html" target="_blank">Le Monde</a> &#8211; Article paru dans l&rsquo;édition du 02.11.12</p>
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