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	<title>Roselyne MOSSAND  Psychothérapeute Lyon &#187; Masculin/Féminin</title>
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		<title>Masculin/Féminin : « Poupées roses et autos bleues »</title>
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		<pubDate>Fri, 01 Feb 2013 20:56:19 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
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				<content:encoded><![CDATA[<p>A l&rsquo;école maternelle de Järfälla, dans la banlieue de Stockholm, il aura suffi qu&rsquo;une chercheuse spécialisée dans les questions de &laquo;&nbsp;genre&nbsp;&raquo; vienne observer la vie de la collectivité pour que les éducateurs perdent leurs illusions. En Suède, on ne plaisante pas avec l&rsquo;égalité des sexes. Or, malgré tous leurs efforts, filles et garçons continuent dans cette école de ne pas jouer aux mêmes jeux, de ne pas bouger de la même façon, d&rsquo;interagir avec leurs pairs selon des modalités différentes. Pis : lors des repas, une nuée de petites filles s&rsquo;active autour de garçons attablés&#8230; L&rsquo;horreur. Et la preuve irréfutable que les stéréotypes ont la vie dure.</p>
<p>Question de nature ? De culture ? Nos différences biologiques constitutives jouent-elles un rôle dans la spécificité des comportements de chacun et de chacune ? Celle-ci est-elle le produit de nos constructions sociales ? Entre les tenants des thèses &laquo;&nbsp;naturalisantes&nbsp;&raquo; et ceux qui, issus des sciences humaines, questionnent la domination masculine en analysant les inégalités de statuts et de rôles, le débat prend souvent l&rsquo;allure d&rsquo;un duel. Le vrai, sans doute, est entre les deux. Devenir fille ou garçon est un processus précoce, dans lequel interviennent trois types de facteurs : des prédispositions biologiques, l&rsquo;environnement socioculturel et l&rsquo;activité propre de l&rsquo;enfant. Mais, si duel il doit y avoir, il n&rsquo;est plus en faveur du biologique.</p>
<p>Commençons donc par lui, et par ces deux chromosomes sexuels grâce auxquels tout arrive : X dans les ovules, X ou Y dans les spermatozoïdes, et le tour est joué. Selon la répartition des chromosomes dans l&rsquo;oeuf issu de la fécondation, l&rsquo;enfant à naître sera XX ou XY. De là découlera pour l&rsquo;embryon une succession de différenciations hormonales, anatomiques et physiologiques, qui feront naître une fille ou un garçon.</p>
<p>Ces fondements établis, que sait-on de l&rsquo;influence biologique sur nos comportements de genre ? Rien, ou presque. Bien sûr, les hormones sexuelles, mâles (androgènes) et femelles (oestrogènes), jouent un rôle central dans le développement de l&rsquo;enfant à naître. Mais les deux types d&rsquo;hormones sont présents chez chacun de nous, seul leur taux relatif faisant basculer les caractères sexuels d&rsquo;un côté ou de l&rsquo;autre. &laquo;&nbsp;Il suffit ainsi que manque un récepteur aux androgènes pour que le sujet porteur de cette anomalie exprime un phénotype féminin, alors même qu&rsquo;il est chromosomiquement masculin. Mais de là à dire que tel comportement est lié ou non aux hormones&#8230; je ne m&rsquo;y risquerais pas&nbsp;&raquo;, commente Jean-Pierre Changeux. Pour ce neurobiologiste réputé, professeur au Collège de France, le prétendu &laquo;&nbsp;sexe du cerveau&nbsp;&raquo; ne constitue pas un objet d&rsquo;étude véritablement pertinent. &laquo;&nbsp;La variabilité cérébrale individuelle est extrêmement importante, mais je ne ferais pas de différences particulières entre les hommes et les femmes&nbsp;&raquo;, précise-t-il.</p>
<p>Catherine Vidal est plus catégorique encore. &laquo;&nbsp;Il n&rsquo;y a aucune différence d&rsquo;aptitudes cognitives, intellectuelles et émotionnelles, entre les cerveaux d&rsquo;une femme et d&rsquo;un homme. Ou, plus exactement : ni plus ni moins qu&rsquo;entre deux cerveaux d&rsquo;individus d&rsquo;un même sexe&nbsp;&raquo;, affirme-t-elle. A côté de ses recherches proprement dites, cette neurobiologiste, directrice de recherche à l&rsquo;Institut Pasteur, s&rsquo;est spécialisée dans l&rsquo;étude des publications, florissantes dans la recherche anglo-saxonne, qui portent sur ce thème. Elle a appris à y débusquer les biais méthodologiques. Voire idéologiques.</p>
<p>&laquo;&nbsp;Prenons l&rsquo;exemple du corps calleux, ce faisceau de fibres qui relient les hémisphères du cerveau. On a beaucoup dit que, si les femmes sont capables de faire plusieurs choses à la fois, c&rsquo;est parce que leur corps calleux est plus large que celui des hommes, et qu&rsquo;elles sont de ce fait davantage capables d&rsquo;activer simultanément leurs deux hémisphères. Or cette observation anatomique remonte à 1982 et avait été faite sur 20 cerveaux conservés dans le formol. Depuis, on a mesuré le corps calleux de centaines de sujets : aucune différence statistiquement significative entre les sexes n&rsquo;a pu être démontrée&nbsp;&raquo;, détaille-t-elle.</p>
<p>En aurait-il été autrement, cela n&rsquo;aurait encore rien prouvé. Car la question fondamentale, qui est au coeur des préoccupations des neurobiologistes, c&rsquo;est celle de la relation existant entre les structures et les fonctions cérébrales. Question d&rsquo;autant moins résolue qu&rsquo;on le découvre chaque jour un peu plus : nos circuits de neurones, pour l&rsquo;essentiel, se fabriquent au gré de notre histoire personnelle.</p>
<p>Si le biologique joue si peu dans l&rsquo;affaire, pourquoi diable les petites filles continuent-elles à jouer à la poupée et les garçons aux petites voitures ? Ceux qui sont aujourd&rsquo;hui les plus à même de répondre travaillent dans une discipline à peine trentenaire : les &laquo;&nbsp;études de genre&nbsp;&raquo; (gender studies). Nées dans les années 1970, elles ont permis d&rsquo;accumuler une foule de données, qui, toutes, montrent l&rsquo;importance de l&rsquo;apprentissage, des codes culturels et de l&rsquo;imprégnation idéologique dans l&rsquo;adoption des comportements de &laquo;&nbsp;genre&nbsp;&raquo;.</p>
<p>A l&rsquo;école suédoise de Järfälla, la chercheuse dépêchée par le programme gouvernemental sur l&rsquo;égalité des sexes a vite compris ce qui se passait. Après avoir longuement filmé les activités des enfants, leurs relations avec les adultes et le déroulé des repas, elle a livré ses conclusions aux éducateurs : sans le vouloir, ces derniers réservaient aux filles et aux garçons un traitement bien différent. Aux premières, l&rsquo;obligation de se tenir tranquilles, d&rsquo;être sociables et attentives aux autres. Aux seconds, l&rsquo;encouragement aux activités physiques et la permission de réclamer haut et fort.</p>
<p>Rien de très différent, en somme, de ce qui perdure dans la plupart des familles et des écoles occidentales&#8230; &laquo;&nbsp;Malgré l&rsquo;évolution des mentalités, les attitudes éducatives restent aujourd&rsquo;hui encore très éloignées d&rsquo;un modèle unisexe dans la majorité des pays développés&nbsp;&raquo;, précise Gaïd Le Manner-Idrissi. Professeur de psychologie du développement à l&rsquo;université Rennes-II, elle étudie comment se construit l&rsquo;identité sexuée des tout-petits. &laquo;&nbsp;Ils savent qu&rsquo;ils sont fille ou garçon entre 24 et 36 mois&nbsp;&raquo;, précise-t-elle. Mais les adultes, eux, le savent &#8211; au moins &#8211; dès la naissance. Et, quelle que soit leur volonté d&rsquo;égalité, ils ne se conduiront pas de la même façon avec l&rsquo;une et avec l&rsquo;autre. La preuve&#8230; par le pyjama.</p>
<p>&laquo;&nbsp;Si on présente à des adultes un enfant au genre peu reconnaissable, les commentaires à son sujet ne seront pas les mêmes selon le pyjama. Si celui-ci est rose, on s&rsquo;extasiera sur cette petite fille fine et délicate. S&rsquo;il est bleu, on admirera chez le même enfant la robustesse et la tonicité !&nbsp;&raquo;, détaille la psychologue. Jeux, habits, décoration de leur chambre : les bébés, très tôt, évoluent dans un milieu physiquement différencié. Résultat : quand, à la crèche, plusieurs types de jouets leur sont présentés, les filles âgées de 24 mois choisissent de préférence les jouets dits &laquo;&nbsp;féminins&nbsp;&raquo;, les garçons ceux dits &laquo;&nbsp;masculins&nbsp;&raquo;.</p>
<p>Une fois en âge de définir leur identité sexuée, les enfants, bien souvent, accentuent encore la différence. Le milieu familial y est pour beaucoup. En France, les dernières observations de l&rsquo;Institut national d&rsquo;études démographiques (INED), publiées en avril 2009, ont montré que les tâches domestiques sont encore largement assurées par les mères. Le discours a beau être égalitaire, les femmes ne sont toujours pas des hommes comme les autres. Et les petits, filles ou garçons, ont tôt fait de le savoir. Sans parler de l&rsquo;influence des pairs, très importante dès l&rsquo;école. Combien de parents, fermement décidés à ne pas habiller leur fille en rose, durent céder parce qu&rsquo;elle voulait faire &laquo;&nbsp;comme les copines&nbsp;&raquo; ?</p>
<p>Filles plus bavardes, garçons plus agressifs : maintes fois vérifiés, ces clichés sont-ils amenés à disparaître à la prochaine génération ? Pas si sûr. Les stéréotypes culturels ont de solides racines. Et la part du déterminisme biologique, pour être faible, n&rsquo;en est pas moins réelle. &laquo;&nbsp;Dans les trois premiers mois de vie, il se produit chez les garçons une poussée d&rsquo;hormones mâles très importante&nbsp;&raquo;, précise Bernadette Rogé. Pour cette psychologue clinicienne de Toulouse, aujourd&rsquo;hui reconnue pour ses travaux sur l&rsquo;autisme, un événement de cet ordre, bien que temporaire, peut être lourd de différences. Plus calmes dans les premiers mois de leur vie, les petites filles mettraient beaucoup plus d&rsquo;énergie à sourire, à vocaliser&#8230; Attitudes qui seraient renforcées par leur environnement social, et ainsi de suite. Par une sorte de spirale évolutive, on arriverait finalement à des dynamiques de construction identitaire très éloignées chez les filles et les garçons.</p>
<p>Un peu de nature, beaucoup de culture&#8230; Et si l&rsquo;essentiel était de séparer ce qui relève de la différence et ce qui ressort des inégalités ? &laquo;&nbsp;Dans nos sociétés occidentales, la socialisation sexuée est encadrée par un double modèle, celui de la croyance en la différence &laquo;&nbsp;naturelle&nbsp;&raquo; des sexes et celui de l&rsquo;aspiration à l&rsquo;égalité des hommes et des femmes&nbsp;&raquo;, souligne la sociologue Michèle Ferrand (laboratoire Cultures et sociétés urbaines du CNRS). Une contradiction que les éducateurs de Järfälla ont bien l&rsquo;intention de résoudre : pour permettre aux petits Suédois de profiter en toute tranquillité des jeux de &laquo;&nbsp;l&rsquo;autre sexe&nbsp;&raquo;, ils ont instauré dans l&rsquo;école deux temps non mixtes d&rsquo;une heure trente par semaine.</p>
<p>Catherine Vincent, LE MONDE  06.08.09</p>
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