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	<title>Roselyne MOSSAND  Psychothérapeute Lyon &#187; Famille</title>
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		<title>Malvine Zalcberg : « Qu’est-ce qu’une fille attend de sa mère ? »</title>
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		<pubDate>Fri, 01 Feb 2013 20:12:58 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Malvine Zalcberg : « Qu’est-ce qu’une fille attend de sa mère ? » Le livre de Malvine Zalcberg est étonnant à plus d’un titre. Voilà un livre traduit du brésilien dans le champ de la psychanalyse lacanienne, la chose est suffisamment rare &#8230; <a href="https://www.psychotherapies-lyon.fr/psyblog/malvine-zalcberg-quest-ce-quune-fille-attend-de-sa-mere.html">Continuer la lecture <span class="meta-nav">&#8594;</span></a>]]></description>
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<h1>Malvine Zalcberg : « Qu’est-ce qu’une fille attend de sa mère ? »</h1>
<p><img alt="zalcberg.1282834564.jpg" src="http://colblog.blog.lemonde.fr/files/2010/08/zalcberg.1282834564.jpg" /></p>
</header>
<p>Le livre de Malvine Zalcberg est étonnant à plus d’un titre. Voilà un livre traduit du brésilien dans le champ de la psychanalyse lacanienne, la chose est suffisamment rare que pour être soulignée. Mais ce qui est bien plus à mettre en évidence, c’est qu’il le mérite amplement. D’abord pour la rigueur avec laquelle il transmet les avancées de Freud et de Lacan, ensuite parce que sa manière de dire les choses est débarrassée de tout abus de jargon &#8211; autant que faire se peut &#8211; et vraiment accessible à qui s’interroge sur le trajet psychique de la fille et sur ce qu’elle attend de sa mère, enfin parce que les nombreuses formulations heureuses de l’auteur contribuent à mener plus loin des questions pourtant réputées difficiles et ardues. C’est sur ce dernier point que je soutiendrai ces quelques propos.</p>
<p>Ainsi, par exemple l’auteur avance : l’Œdipe fait l’homme, il ne fait pas la femme (143). A l’issue de l’Oedipe, si le garçon a reçu du père le droit au phallus, la fille devra continuer à chercher son identité comme femme. Manière de rappeler à quel point Freud, en considérant l’envie du pénis comme invariable dans l’inconscient, jusqu’à un certain point asphyxiait les femmes dans un tout phallique (30). C’est à ce même endroit que Lacan a entrepris d’élaborer son schéma de la sexuation qui va lui permettre de soutenir la voie du pastout. Si la petite fille, à l’encontre du petit garçon ne trouve pas de réponse chez le père quant au trait qui pourrait la faire femme, on peut comprendre l’importance de sa déception au point qu’elle soit tentée de renoncer à quitter la mère ou De se réfugier dans la situation oedipienne comme en un port et ne jamais quitter le père. Dans la majorité des cas cependant, on comprendra aussi qu’elle se laissera distraire de la rencontre avec l’absence, par la maternité. Celle-ci lui fournit un substitut phallique qui lui permet ainsi &#8211; momentanément, voire définitivement &#8211; de ne pas avoir à se soutenir du manque de trait qui spécifie le féminin.</p>
<p>Ce que Malvine Zalcberg fait bien entendre au travers de son livre, c’est que si le garçon se trouve avantagé de trouver un trait d’identification positif chez le père, le désavantage de la petite fille pourrait bien s’inverser dans la mesure où il s’agit toujours de reconnaître que pour soutenir sa parole singulière, c’est sur le vide qu’il faut s’appuyer, c’est toujours de l’absence qu’il faut précisément se soutenir.</p>
<p>J’en déduis dès lors ce que ce livre me permet de mieux penser : là où chacun se trouve aujourd’hui, dans le contexte démocratique qui est le nôtre, plus que jamais invité à inscrire sa singularité, c’est évidemment la façon dont se soutient le féminin qui trace la voie à suivre. Utile dès lors de reconnaître que là où l’homme en est à devoir davantage se soumettre à l’incertitude et se confronter plus que jamais à l’altérité, une femme se retrouve pouvoir lui indiquer le chemin, du seul fait d’être contrainte à ne pas inscrire le manque de la manière toute phallique qui, hier, était prévalente. Il y a un manque structural en l’homme en tant que sujet. Il y a un double manque chez la femme: comme sujet et comme femme (31).</p>
<p>Ceci fait bien entendre le déplacement qu’opère la mutation du lien social à laquelle nous avons à faire : là où hier, le phallique, sous l’égide du patriarcat, se proposait comme modèle universel de comment le langage affecte le parlêtre, aujourd’hui, c’est le pastout phallique qui s’impose non comme modèle qui vaille pour tous, mais comme indice de la voie que chacun doit frayer, donc inventer. Et dans une telle configuration, c’est bien le féminin qui se propose désormais comme voie à suivre. Autrement dit, le féminin n’y est plus la propriété des femmes, mais plutôt ce à quoi chacun doit se confronter une fois que l’on a mis comme raison de la vie collective, l’exercice possible de la singularité. En ce cas la féminité reste néanmoins la façon dont chaque femme noue son corps avec ledit féminin. La question de la féminité doit être résolue par chaque femme individuellement (242), écrira Malvine Zalcberg.</p>
<p>Mais c’est aussi une autre piste que le livre explore avec beaucoup de pertinence : celle de ce que la maternité apporte spécifiquement à une femme.</p>
<p>La contrainte un peu compliquée pour savoir ce que signifie d’être homme ou femme tient au langage, au fait que pour les humains, les positions respectives d’homme et de femme ont rapport avec la possibilité que nous avons de parler ; s’en suit en effet que les positions masculine et féminine correspondent moins à l’anatomie qu’à la façon dont le sujet va s’inscrire dans le langage : tout ou pastout dans la fonction phallique. Et de ce fait même, il s’avère possible pour l’humain de se délester de l’anatomie au profit de la place qu’il va prendre sous l’égide du signifiant. Reste à savoir si cette liberté dont il dispose le soustrait entièrement du destin anatomique qui est le sien.</p>
<p>Or c’est précisément à cet endroit qu’il faut revenir sur ce qu’implique la maternité : bien sûr celle-ci se propose comme substitut phallique &#8211; et donc comme distraction, voire comme esquive &#8211; à une femme en panne de trait qui la fait femme, mais ladite maternité est aussi à interroger du côté du pastout phallique. C’est déjà ce que Lacan avançait en 1960 lors du congrès sur la sexualité féminine : il convient d’interroger si la médiation phallique draine tout ce qui peut se manifester de pulsionnel chez la femme, et notamment tout le courant de l’instinct maternel2. C’est autrement, mais avec la même pertinence que Malvine Zalcberg profitera d’une citation de l’écrivain D.H. Lawrence dans son ouvrage Amants et fils, pour faire entendre la spécificité de ce qui noue la mère à son enfant, en l’occurrence fille : un fils sera mon fils jusqu’à ce qu’il rencontre une femme, mais une fille sera ma fille toute la vie (183).</p>
<p>Autrement dit, quelque chose du lien mère-fille, serait l’indice de ce reste, de ce qui échappe au phallique dans la relation d’une mère à son enfant. Autrement dit encore, l’enfant, loin de n’être que le phallus de la mère, est aussi son objet a. Voire même, comme Lacan l’écrit dans sa lettre à Jenny Aubry, l’enfant peut réaliser la présence de l’objet a dans le fantasme De la mère. Et il ajoute que, ce faisant, il lui donne, immédiatement accessible, ce qui manque au sujet masculin : l’objet même de son existence apparaissant dans le réel3. Ce qui se traduira chez Malvine Zalcberg en : la femme a un recours de plus que l’homme pour chercher une compensation à sa perte de jouissance : faire de ses enfants objets a, des objets causes de son désir. L’enfant permet à la mère en tant que femme d’avoir accès en son fantasme à l’objet cause de son désir (&#8230;) L’enfant devient un “bouchon” pour la mère, un bouchon qui comble son manque (160). J’aurais préféré lire : l’enfant devient un bouchon pour la mère, non pas un bouchon qui comble son manque, mais un bouchon qui lui permet d’empêche son manque d’émerger.</p>
<p>Car c’est bien cette face réelle du lien mère-enfant que l’auteure de Qu’est ce qu’une fille attend de sa mère ? met sous la loupe. Nous n’allons pas ici en développer toutes les conséquences identifiées dans l’ouvrage mais nous relèverons que cet aspect du lien mère-enfant est aujourd’hui certainement crucial car c’est bien ce qu’évoquait Freud comme étant si difficile à saisir analytiquement, si blanchi par les ans, vague, à peine capable de revivre, comme soumis à un refoulement particulièrement inexorable4 qui se trouve aujourd’hui de plus en plus accessible, précisément sans doute du fait de la mutation du lien social. D’une part, parce que le déclin du Nom-du-Père et la forclusion de fait5 Du père réel que souvent ce déclin entraîne, ne donne plus de garantie quant à obtenir du père le trait qui va dire l’identité masculine. Ceci ayant des effets différents sur le destin du garçon que cela laisse en panne avec sa question et sur celui de la fille à qui cela coupe la voie de la possibilité de se confronter à la spécificité de son questionnement.</p>
<p>Mais de plus, comme nous l’avons vu, l’évolution démocratique que nous connaissons, qui implique la fin du patriarcat, va mettre chacun en demeure de se confronter au féminin puisque l’idéal de ladite démocratie va pousser à la singularité, ce qui, comme nous venons de le dire, ne peut se faire qu’en explorant la spécificité du féminin de chacun &#8211; quelle que soit son anatomie &#8211; et en ne se contentant néanmoins pas de la castration même s’il ne s’agit pas pour autant d’en récuser la nécessité.</p>
<p>Donc double difficulté : plus de point d’appui pour se confronter au manque de trait, et pourtant plus que jamais, obligation de se soutenir à partir de ce seul manque. Tel serait, dans la structure, ce qui pourrait être estimé responsable de la précarisation des solutions que nous voyons se mettre en place aujourd’hui.</p>
<p>Et d’ailleurs Malvine Zalcberg insiste sur les voies différentes que cela ouvre : l’enfant recourt à deux façons de réagir à l’expérience de passivité face à l’Autre auquel il est soumis par structure au commencement de sa vie. L’une d’elles est d’entrer activement dans la phase phallique à travers l’identification avec l’objet du désir de la mère : être l’objet désiré par la mère. (&#8230;) C’est une solution par laquelle l’enfant, identifié au phallus, s’aliène au désir maternel ; de cette position, le père devra le sauver pour qu’il puisse sortir de l’aliénation fondamentale. (&#8230;) L’autre façon pour l’enfant de réagir à sa position passive initiale en relation à l’Autre maternel est de chercher à se séparer de l’objet a qu’il est dans le fantasme de l’Autre. A travers cette solution, l’enfant impose à l’Autre une perte : il devient ce qui manque à l’Autre. Il s’agit d’une solution opposée à celle que présente la phase phallique, que caractérise l’engagement de l’enfant à chercher à compléter l’Autre, et non à lui infliger un manque (169).</p>
<p>Cette distinction entre enfant-phallus et enfant-objet a que l’auteure met très bien en évidence, s’avère donc cruciale en ces temps de fin de patriarcat puisque dans ce cas de figure, c’est le travail de séparation qui est au cœur de l’enjeu. Restera bien sûr à savoir où, en ce cas, se situe la nécessité du père mais ce discernement n’autorise plus l’équivalence entre fonction du père et patriarcat.</p>
<p>Mais ce qui est remarquable, c’est comment le travail de Malvine Zalcberg fait émerger que l’avenir de l’enfant dépend du destin du fantasme de la mère qui le considère comme objet de jouissance. Et elle ajoute : est-il régulé ou non par la fonction symbolique ? Si le père qui personnifie la loi symbolique n’intervient pas, l’enfant restera entièrement sujet du fantasme de la mère. Expérimenté comme partie du corps de la mère, l’enfant (&#8230;) est maintenu dans une position dévastatrice : celle de n’être plus que l’objet du désir de la mère (167).</p>
<p>N’est-ce pas précisément ce que la clinique actuelle nous enseigne, à savoir les conséquences “ravageuses” d’un tel dispositif. Mais aussi la nouveauté qu’il nous fait entrevoir : ce qui pour Freud apparaissait comme soumis à un refoulement particulièrement inexorable se trouve aujourd’hui accessible, voire favorisé et là où le père était incontournable, c’est bien aujourd’hui la fonction symbolique qui se trouve être l’enjeu. S’en suit que la fille, étant de structure moins protégée par ledit symbolique, c’est elle qui ouvre la voie de soutenir la proximité avec le réel. S’en suit encore que loin de ne rien trouver chez sa mère, elle y trouve comment celle-ci a elle-même fait face à l’absence du trait qui l’attestait femme.</p>
<p>Ainsi donc paradoxalement, le livre de Malvine Zalcberg inverse le lieu de la découverte : c’est du nouveau monde que nous vient la bonne nouvelle : ce qu’une fille attend de sa mère pourrait nous en apprendre sur ce comment, en ces temps de mutation, il est possible, ainsi que le propose Lacan, de frayer la voie à l’élaboration du pastout6.</p>
<p>Notes :</p>
<p>1 Editions Odile Jacob, 2010, préface d’Aldo Naouri.</p>
<p>2 J. Lacan, Écrits, Seuil, 1966, p. 730.</p>
<p>3 J. Lacan, Autres écrits, Seuil, 2001, p.344.</p>
<p>4 S. Freud, Sur la sexualité féminine, (1931), in La vie sexuelle, op. cit. p. 139.</p>
<p>5 J. Lacan, Séminaire XXIII, Le Sinthome, Seuil, 2005, p. 88.</p>
<p>6 J. Lacan, Séminaire XX, Encore, Seuil, 1975, p. 54.</p>
<p>Auteur : Jean-Pierre Lebrun<br />
Source : <a href="http://www.freud-lacan.com/Champs_specialises/Billets_actualites/A_propos_de_Qu_est_ce_qu_une_fille_attend_de_sa_mere_1_de_Malvine_Zalcberg">freud-lacan.com</a></p>
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		<title>Donald Winnicott : « La famille suffisamment bonne »</title>
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		<pubDate>Fri, 01 Feb 2013 20:07:26 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
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		<description><![CDATA[La bonté de la famille sous la loupe de Winnicott La famille suffisamment bonne Résumé : La structure familiale est le système privilégié dans l&#8217;organisation psychique. La thèse d&#8217;une famille suffisamment bonne comme garant du développement psychique introduit un paradoxe &#8230; <a href="https://www.psychotherapies-lyon.fr/psyblog/donald-winnicott-la-famille-suffisamment-bonne.html">Continuer la lecture <span class="meta-nav">&#8594;</span></a>]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p><strong>La bonté de la famille sous la loupe de Winnicott</strong><br />
<img alt="winnicottfamille.1276187016.jpg" src="http://colblog.blog.lemonde.fr/files/2010/06/winnicottfamille.1276187016.jpg" /><br />
<strong>La famille suffisamment bonne<br />
</strong></p>
<p>Résumé : La structure familiale est le système privilégié dans l&rsquo;organisation psychique. La thèse d&rsquo;une famille suffisamment bonne comme garant du développement psychique introduit un paradoxe dont témoigne la clinique : la famille suffisamment bonne ou pas assez, est le substrat du pathos.<br />
Francisco RENGIFO (nonfiction.fr)</p>
<p>Dans La famille suffisamment bonne, ouvrage jusqu&rsquo;à présent inédit en français, Donald W. Winnicott recueille les textes fondamentaux de dix années de conférences qui, dans un langage simple et adressé à un public large, témoignent de l&rsquo;importance de la famille dans la constitution psychique de l&rsquo;enfant. Au-delà du simple apprentissage, l&rsquo;enfant est confronté au monde des affects de l&rsquo;adulte, monde à travers lequel ce petit homme ou cette petite femme en devenir va construire son propre univers à lui. Ce premier groupe naturel qui caractérise la famille nucléaire se constitue en porte d&rsquo;entrée vers le développement de l&rsquo;enfant en tant que sujet, faisant de la structure familiale le système privilégié dans l&rsquo;organisation psychique.<br />
Dix ans de recherche et d’écriture ont été nécessaires à Donald Winnicott pour qu’enfin le matériel de ce temps de travail soit recueilli sous son titre original anglais The Family and Individual Development. Publié pour la première fois en 1965, cet ouvrage constitue un ensemble de conférences prononcées dans des institutions et des universités, dont le public était majoritairement composé d’intervenants assistant des enfants: psychologues, médecins pédiatres, et surtout assistants sociaux.<br />
Il est possible de constater, parmi l’ensemble des conférences, l&rsquo;importance octroyée par Donald Winnicott à la famille, dans le processus de développement de l&rsquo;enfant. La famille est sans doute le noyau à partir duquel la structure de la personnalité d&rsquo;un individu prend forme. C&rsquo;est par les soins maternels, première ébauche des rapports de l&rsquo;enfant à la mère, que se constitue un prototype fondamental de relation instaurant les éléments décisifs, et les aspects déterminants dont vont dépendre le destin de l&rsquo;individu. Paraphrasant le titre proposé par l&rsquo;auteur de cette brillante traduction du texte de Winnicott, nous pourrions dire effectivement, que pour pénétrer dans les méandres de cette relation de l&rsquo;enfant à la famille, Winnicott introduit une question préliminaire : La famille est-elle suffisamment bonne pour garantir un destin psychique favorable à l&rsquo;enfant ?</p>
<p>A l&rsquo;origine c&rsquo;est la mère&#8230;<br />
Les fonctions de la mère suffisamment bonne</p>
<p>Dans un première point d&rsquo;ancrage du lien entre l&rsquo;enfant et la mère, il s&rsquo;opère, selon Donald Winnicott, un processus d&rsquo;identification qui va à double sens : l&rsquo;identification de la mère à son bébé, et un état d&rsquo;identification originaire de l&rsquo;enfant à sa mère.<br />
Dans le fantasme inconscient de la mère, il y a un trait prédominant qui se supporte d&rsquo;un désir de &laquo;&nbsp;drainer de l&rsquo;intérêt de son propre self au profit du bébé&nbsp;&raquo;, c&rsquo;est ce que Winnicott appelle &laquo;&nbsp;la préoccupation maternelle primaire&nbsp;&raquo; (p. 10).<br />
C&rsquo;est dans cette préoccupation maternelle primaire de la mère, que celle-ci peut répondre aux besoins de l&rsquo;enfant de manière efficace.<br />
Deux problèmes peuvent apparaître dans la mise en fonctionnement de cette relation originaire, et qui selon Winnicott peuvent mettre en péril le processus de développement de l&rsquo;enfant.</p>
<p>D’une part, le narcissisme maternel trop centré sur sa personne et ses intérêts, au point de négliger complètement son propre enfant, et d’autre part, son état opposé, à savoir : la compulsion maternelle à être absorbée totalement par l&rsquo;enfant jusqu&rsquo;à faire de ses demandes et besoins une préoccupation pathologique.<br />
En effet, les problèmes évoqués par Winnicott rejoignent les troubles mentaux dits puerpéraux, qui souvent se constituent en véritables cadres cliniques nécessitant des soins pour empêcher leur évolution.<br />
Selon Winnicott, le stade d&rsquo;identification de l&rsquo;enfant à sa mère apparaît dès la première période de vie jusqu&rsquo;à l&rsquo;âge de 6 mois. Cette première période de vie nécessite une mère suffisamment bonne pour que le processus de développement de l&rsquo;enfant s&rsquo;opère dans des conditions favorables :<br />
&laquo;&nbsp;Si le maternage n&rsquo;est pas suffisamment bon, le nourrisson se résume à une série de réactions à des empiétements et le vrai self de l&rsquo;enfant échoue à se former, ou se dissimule derrière un faux self compliant qui tend surtout à se protéger des coups que le monde frappe à sa porte&nbsp;&raquo; (p. 13).</p>
<p>Une mère suffisamment bonne garantira la solidité du moi de l&rsquo;enfant ; un moi donc fortifié par le soutien du moi de la mère. C&rsquo;est en ce sens que ce processus d&rsquo;identification inaugurale entre l&rsquo;enfant et la mère est décisif quant à la constitution psychique et le développement de l&rsquo;enfant.<br />
A ce stade du processus, le self de l&rsquo;enfant n&rsquo;est pas encore formé, mais les avatars de cette identification définiront en grande partie le destin psychique du petit homme en devenir.<br />
Ainsi, Winnicott attribue trois fonctions majeures à la mère suffisamment bonne :<br />
Le holding (maintien), en rapport avec la capacité de la mère à s&rsquo;identifier à son bébé, c&rsquo;est-à-dire la capacité de la mère à offrir à l&rsquo;enfant des soins basiques afin de le soutenir dans son état de dépendance. Un holding défaillant a pour conséquence des états de détresse assez connus dans la clinique des petits enfants et qui peuvent témoigner des états proches de la psychose.<br />
Le handling (maniement), qui se constitue pour Winnicott en facilitateur d&rsquo;un partenariat psychosomatique chez l&rsquo;enfant, donnant à l&rsquo;enfant la possibilité de se reconnaître comme étant un corps séparé de sa mère, et lui donnant la possibilité de reconnaître la réalité de son propre corps. Cette reconnaissance de son corps plongera l&rsquo;enfant dans une curiosité de par le fonctionnement de celui-ci, permettant de développer le mouvement, la coordination et le tonus musculaire.<br />
Et en troisième lieu, il y a ce que Winnicott appelle la présentation de l&rsquo;objet ou réalisation, qui est la possibilité, qui s’offre à l&rsquo;enfant, d&rsquo;établir un lien pulsionnel avec les objets. Une défaillance sur la manière dont les objets se présentent dans l&rsquo;univers pulsionnel de l&rsquo;enfant l’empêche de se reconnaître comme réel et comme étant différencié des objets qui l’entourent.<br />
En résumé, ces trois fonctions de la mère, dans le premier stade de développement de l&rsquo;enfant, constituent l&rsquo;environnement facilitateur pour le processus de maturation.<br />
Mais parallèlement à la présence d&rsquo;une mère suffisamment bonne, la clinique montre les effets des possibles défaillances au sein d&rsquo;une famille, qui en général n&rsquo;est pas toujours assez bonne, ou en tout cas pas assez, aux vues des idéaux winnicottiens de la bonté&#8230;</p>
<p>La place de l&rsquo;enfant dans le fantasme parental</p>
<p>Nous ne comprendrons jamais assez les enjeux des relations qui se tissent à l&rsquo;intérieur de la famille et ses effets sur l&rsquo;enfant, si l&rsquo;on ne tient pas compte de la place que l&rsquo;enfant occupe dans le fantasme de la mère aussi bien que de celui du père. En effet, la place en question va définir, de manière radicale, le destin psychique de l&rsquo;enfant. Il ne suffit pas de supposer qu&rsquo;un enfant est très aimé ou pas assez, pour en déduire les particularités de l&rsquo;héritage symbolique qui lui viennent de ses parents et des contenus qui se transmettent de génération en génération. L&rsquo;histoire de la famille va bien au-delà des affects ! Celle-ci s&rsquo;inscrit dans un mode de transmission assez particulière, car un père ou une mère ont été également les enfants de leurs parents. L&rsquo;acte de transmission en question introduit chez le nouveau-né tout le bagage qui traverse les générations.<br />
Cet héritage inscrit donc des facteurs favorables à l&rsquo;intégration de l&rsquo;enfant, mais aussi des facteurs qui peuvent apparaître comme des éléments perturbateurs à cette intégration, le fantasme parental étant toujours le support de ceux-ci.<br />
Pour Winnicott, un enfant qui se développe d&rsquo;une manière convenable apporte un certain équilibre à la vie familiale et garantit également une forme d&rsquo;assurance au couple parental.<br />
Selon Winnicott, une bonne tendance à l&rsquo;intégration nécessite le concours des parents, et c&rsquo;est ce qui constitue la force de la famille, c&rsquo;est-à-dire, ce quelque chose qui s&rsquo;inscrit dans un &laquo;&nbsp;environnement suffisamment bon&nbsp;&raquo; (p. 52).<br />
Quelles sont donc les tensions qui, émanant de la famille, peuvent soit garantir le bon développement de l&rsquo;enfant, soit le perturber ?</p>
<p>La dépression parentale</p>
<p>Dans la conférence donnée en octobre 1958, à l&rsquo;occasion du &laquo;&nbsp;Family Service Units Caseworker&rsquo;s Study Weekend&nbsp;&raquo;, Winnicott examine de manière assez minutieuse les effets des troubles dépressifs chez l&rsquo;un des membres du couple parental ou chez les deux. Pour cela, Winnicott introduit une distinction préliminaire très importante au niveau de la pathologie dépressive en elle-même, car de toute évidence, le trouble dépressif n&rsquo;est pas le même lorsqu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;une psychose ou d&rsquo;une névrose : &laquo;&nbsp;Le trouble psychonévrotique chez le père ou la mère présente une complication pour l&rsquo;enfant qui grandit, mais la psychose chez un parent expose l&rsquo;enfant à des menaces plus subtiles pour un développement sain&nbsp;&raquo; (p. 56).<br />
La question de la dépression peut donc s&rsquo;inscrire dans le cadre d&rsquo;une maladie psychiatrique très grave comme c&rsquo;est le cas de la mélancolie où le sujet porte sur ses épaules tous les malheurs du monde, en étant lui même directement le responsable, et dont il trouve difficilement l&rsquo;issue. Il peut s’agir également du phénomène presque universel chez les personnes qui jouissent d&rsquo;une bonne santé mentale et qui dévoilent un état de paroxysme des petites misères humaines : la dépression névrotique. Bref, pour le destin psychique d&rsquo;un enfant en développement, avoir une mère ou un père mélancolique n’est pas du tout la même chose que d&rsquo;avoir un parent névrosé traversant une crise dépressive, aussi si longue soit-elle.<br />
Quoi qu&rsquo;il en soit, il apparaît comme une évidence, pour Winnicott, que la famille se voit confrontée à un danger potentiel lorsque le père ou la mère est déprimé.<br />
Mais la dépression reste tout de même un affect qui témoigne des composants agressifs, destructeurs et culpabilisants de la nature humaine. Lorsque la dépression ne se situe pas dans le contexte d&rsquo;une symptomatologie psychotique, elle peut se constituer en une mise à plat des affects pour une ultérieure mise en tension pulsionnelle avec la possibilité d&rsquo;une relance de l&rsquo;activité constructive du sujet. Pour Winnicott, la dépression est &laquo;&nbsp;une preuve de croissance et de santé dans le développement émotionnel de l&rsquo;individu&nbsp;&raquo; (p. 72).</p>
<p>Le concept de maturité chez Winnicott et son corrélat dans la famille suffisamment bonne</p>
<p>Le concept de maturité est sans doute l&rsquo;argument essentiel utilisé par Winnicott dans la compréhension du rôle de la famille dans l&rsquo;établissement de la santé psychique d&rsquo;un individu. C&rsquo;est bien cette perspective qui introduit la question sur les difficultés possibles qu’affronte un individu pour atteindre une maturité émotionnelle en dehors du cadre familial.<br />
Le point de vue de Winnicott suppose que le développement de chaque individu commence par une dépendance absolue et que, progressivement, à mesure même de sa maturité psychique, il gagne en autonomie. En somme, ce qui est important, c&rsquo;est de savoir si l&rsquo;environnement familial s&rsquo;adapte bien aux besoins de l&rsquo;individu, à chaque moment particulier de son développement.<br />
Ces moments de développement, qui s&rsquo;opèrent dans une progression régulière, fonctionnent comme des formes de révolte vis-à-vis de la dépendance initiale.<br />
La maturité est donc, pour Winnicott, synonyme de bonne santé : &laquo;&nbsp;si l&rsquo;on accepte l&rsquo;idée que la santé est une question de maturité au bon âge, l&rsquo;individu ne peut atteindre la maturité émotionnelle que dans un cadre où la famille a fourni le pont conduisant du soin parental (ou du soin maternel) jusqu&rsquo;au support social&nbsp;&raquo; (p.99).<br />
Ce parcours certes rapide et insuffisant de cet ouvrage de Winnicott, jusqu&rsquo;aujourd&rsquo;hui inédit en français, introduit une problématique qui semble être en relation avec quelque chose qui est de l&rsquo;ordre d&rsquo;une interrogation morale et un questionnement autour des bonnes moeurs de la famille.<br />
Le fait que la famille nécessite d&rsquo;être &laquo;&nbsp;suffisamment bonne&nbsp;&raquo; introduit un critère de valeur quant à la &laquo;&nbsp;vertu&nbsp;&raquo; de la famille en question. Rappelons que la bonté est une vertu qui appartient au domaine de la morale.<br />
Pour amener ce petit contre-argument jusqu&rsquo;à ses derniers retranchements, nous pourrions conclure en posant la question suivante : une famille suffisamment bonne existe-t-elle ?.</p>
<p>Dr Christian Colbeaux, psychiatre, psychanalyste à Lille, chef de service du CSAPA du centre hospitalier de Douai</p>
<p>rédacteur : Francisco RENGIFO, Critique à nonfiction.fr<br />
Titre du livre : La famille suffisamment bonne<br />
Auteur : Donald Winnicott<br />
Éditeur : Payot<br />
Titre original : The Family and Individual Development<br />
Date de publication : 13/01/10</p>
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